Critique du film "La Bataille de Gaulle" de Antonin Baudry avec Simon Abkarian: une fresque hagiographique sans la caricature
Simon Abkarian campe le grand résistant français dans “La Bataille de Gaulle”, fresque hagiographique de 5 heures proposée en deux volets.

- Publié le 02-06-2026 à 19h00

Dans La Bataille de Gaulle, un diptyque de 5 heures divisé en deux chapitres, Antonin Baudry s’attaque à la figure emblématique de la résistance française, campée par Simon Abkarian. Intitulé L’Âge de fer, le premier film s’ouvre en 1940. Quand Charles de Gaulle, un colonel méconnu promu général en pleine débâcle, à l’issue de la bataille de Montcornet, lance, depuis Londres, un appel à résister, non seulement à l’Allemagne nazie, mais aussi au régime du maréchal Pétain.
Churchill vient en effet de nommer à la tête de la “France libre” cet homme au caractère bien trempé, refusant toute compromission. En contrepoint, on suit le parcours de Fernand (Florian Lesieur), un jeune étudiant parisien bien décidé à suivre l’appel du général et à résister contre l’occupant allemand.
Un budget important et un impressionnant casting
Tiré de la biographie de l’historien britannique Julian Jackson De Gaulle : une certaine idée de la France, cette fresque historique ambitieuse bénéficie d’un budget important et d’un impressionnant casting pour nous replonger dans les grandes heures de la France libre. Quand de Gaulle va tenter de réunir à Londres un cabinet de guerre, en vue de lever une armée pour reconquérir les territoires de l’Empire. Entrant ainsi en conflit direct avec l’amiral Darlan (Mathieu Kassovitz), resté fidèle à Pétain.
Découvert en 2019 avec son premier long métrage Le chant du loup (très efficace évocation du système de la dissuasion nucléaire française), Antonin Baudry signe le “grand” film attendu sur le grand homme. Ancien diplomate, le réalisateur joue à fond la carte de l’héroïsme à la française. Dans des scènes parfois à la limite du ridicule, quand de Gaulle reste droit comme un “i” lors d’un bombardement allemand qui souffle les vitres du siège de la France libre à Londres ou encore, imperturbable, lors d’un crash d’avion en Afrique Équatoriale…
Rôle quasi impossible
Ce rôle quasi impossible, c’est Simon Abkarian qui l’endosse. S’il n’a pas le mètre quatre-vingt-dix-huit du grand Charles, le comédien parvient à retrouver la stature du général. À Cannes, l’acteur nous disait ne pas avoir ressenti de pression à incarner une telle légende : “C’est un luxe que je ne pouvais pas me permettre. Et puis il aurait été navrant que d’avoir un acteur qui se chie dessus pour jouer de Gaulle !”
Pour l’acteur, “la moitié du travail” consistait à passer 1h40 au maquillage et à revêtir le costume. “Ce n’est pas n’importe quel costume, c’est un uniforme d’un officier de l’armée française, d’un Saint-Cyrien, du régiment de cavalerie. C’est un uniforme dans lequel, à aucun moment, on ne peut se permettre de s’avachir”, explique l’acteur, très élégant dans un costume trois-pièces beige.
Abkarian a également beaucoup cherché la voix, si caractéristique, du personnage. “Je l’ai écouté jusqu’au moment où on est rentré en studio. On s’est dit qu’on allait s’inspirer de cela, sans verser dans la caricature ou l’imitation. Mais sans tomber non plus dans le rien. Son phrasé, sa scansion sont tellement particuliers. Ce qui nous a sauvés, c’est son éloquence, sa grande érudition. Quand vous lisez les discours, c’est extrêmement bien écrit, construit. C’est magnifique. On sait qu’il s’est nourri à la mamelle de la culture, de l’art. Il sait qui sont les Grecs, qui sont Hugo, Chateaubriand… C’est quelqu’un d’extrêmement érudit.”
En salles le vendredi 3 juillet prochain
À l’image de la mise en scène trop sage de Baudry, le jeu d’Abkarian paraît néanmoins trop ampoulé, surjouant l’emphase du personnage. Tout ça manque cruellement de vie, malgré quelques échappées vers la comédie, offrant de rares moments de dérision… “À un moment donné, il fallait, non pas qu’on se détache de la statue du commandeur, mais qu’on souffle sur celle-ci pour lui donner vie”, reconnaît le comédien français d’origine arménienne de 64 ans.
Lequel a découvert de Gaulle, enfant au Liban, grâce à son père. “Il avait une grande admiration pour l’homme, pour le héros qui avait rendu son honneur à l’armée, à la France. Il trouvait quelque chose d’arménien en lui. Chez nous, l’héroïsme est très important. Les héros sont des êtres entre le temporel et le divin, des intercesseurs, comme les artistes. En Arménie, il y a d’ailleurs un cimetière à part pour les artistes et un autre pour les héros de guerre. Ça dit tout…"
Reste un vrai film d’aventures (un peu façon De Gaulle au Congo) et de guerre, nourri d’archives historiques. Avec, comme moment de bravoure, la bataille de Bir Hakeim en Libye, menée par Pierre Kœnig (Benoît Magimel) face aux troupes de Rommel. Même si, bourrée d’effets spéciaux numériques, cela manque, là encore, d’un vrai souffle. Allant de 1942 à la Libération de Paris en 1944, le second volet de La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom, sortira en salles le vendredi 3 juillet prochain.
BIOPIC - La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer réalisé par Antonin Baudry, avec Simon Abkarian, Niels Schneider… 149’
