Werchter 2014 : Le top 10

Stromae a clôturé cette nuit la quarantième édition de Rock Werchter. Le festival a accueilli durant quatre jours 88.000 spectateurs quotidiens. Un record. La rédaction musicale de Moustique vous livre son top 10. De Robert Plant, auteur de la plus intense prestation du week-end  à Stromae, on ne s'est pas ennuyé.

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#10 Stromae

Le Vincent Kompany de l'électro pop avait donc l'honneur de clôturer le festival et il a parfaitement rempli son contrat sans toutefois surprendre ceux qui l'ont déjà vu sur scène. En une petite heure et avec une setlist qui ne se modifie guère au fil de soirées, Stromae a mis 88.000 personnes dans sa poche. Son sourire, sa simplicité, son sens de la communication  -parfaitement bilingue,-  et sa gestuelle impressionnante quand elle est offerte en version XXL sur des écrans LED  restent des armes de séduction redoutables qui mettent à chaque fois en valeur le sens lyrique et l'efficacité mélodique de ses chansons. Et puis, il y a refrains imparables dont -on peut vous le jurer- tous nos amis flamands connaissent les paroles par cœur et suscitent autant de déhanchements que de délires bon enfants. De Ta Fête à Papaoutai en passant par Formidable, Ave Cesaria ou Moules frites, Stromae a paraphé de fort belle manière un festival où, défaite des Diables, ou pas, on ne s'est jamais senti aussi Belges

 

#9 Rodrigo & Gabriela

"Bonjour Werchter.  Nous sommes très heureux d'être là. C'est la première fois que nous nous retrouvons sur la grande scène.  Nous allons jouer des extraits de notre nouvel album "9 Dead Alive" et aussi quelques titres plus anciens." Dit comme ça dans la bouche de la pulpeuse Gabriela Quintero, les choses paraissent très simples pour le duo mexicain. Mais quand ils jouent,  c'est une autre affaire. Artisans de la six cordes, les Mexicains offrent une fête de la guitare acoustique transgénérationnelle en délivrant un set festif époustouflant qui n'est en rien comparable à tout ce qu'on peut entendre à Werchter.   Sans jamais tomber dans la démonstration,  Rodrigo & Gabriela réinventent le terme "fusion" en s'inspirant du rock, du jazz, du metal et de la musique latino. Leurs morceaux sont instrumentaux, ils ne parlent pratiquement jamais au public entre deux titres, mais communiquent avec leur sourire, leurs ondulations et leurs accords irrésistibles. Tout simplement magique.

 

#8  Franz Ferdinand

En 2004, un groupe écossais débutant faisait l'unanimité pour sa première apparition à Werchter avec un set nerveux, euphorique et festif. Son nom? Franz Ferdinand qui jouait encore quelques mois plus tôt encore à la Rotonde du Botanique. Dix ans plus tard,  la formation emmenée par le beau Alex Kapranos  fédère toujours et  a servi dimanche soir le concert que tout le monde attendait. Des tubes en veux-tu en voilà, du sourire,  des sons bien sales à la guitare sur des mélodies finalement très pop et, ça et là, quelques zestes plus dancefloor (sur l'irrésistible Can't Stop The Feeling) rappelant ainsi le virage électro de leur quatrième album "Right Thoughts, Right Words, Right Action" (2012).  Avec un batteur ressemblant à un pilier de comptoir de pub (ce n'est pas pour rien qu'ils ont une chanson qui s'intitule Darts), un bassiste du genre "gentil nounours", un guitariste gardien du temple rock qui riffe plus vite que son ombre et un chanteur/entertainer n'oubliant jamais de relancer le public, Franz Ferdinand a en son sein tous les profils complémentaires pour constituer une équipe de choc. Si on ajoute que le groupe ne se prend pas au sérieux, on tient un des concerts les plus excitants du week-end ce dimanche.

 

#7  Parquet Courts

Avec l’album "Sunbathing Animal", les quatre musiciens de Parquet Courts viennent peut-être de signer le meilleur disque de rock de l’été. De passage sur la plaine de Werchter pour célébrer la sortie de ce deuxième album, les garçons donnent le meilleur d'eux-mêmes: du rock'n'roll dépravé, dopé par des mélodies savamment troussées. Chez Parquet Courts, les guitares sont sales et vicieuses. A grands renforts d'accords déglingués, d'un je m'en-foutisme rappellant Pavement et une bonne dose de coolitude étudiée du côté de Brooklyn, Parquet Courts a livré un top concert.

 

#6 Pixies

Tout le monde redoute un peu le poids des années. Tout le monde, sauf Frank Black. Si le patron des Pixies a encore pris quelques kilos depuis la dernière tournée de son groupe, sa légère surcharge pondérale n’affecte en rien le concert qu’il a livré à Rock Werchter. Ici, tout s’est joué à l’énergie. Distillé avec une rage d’adolescent attardé, le répertoire des Pixies oscille aujourd’hui entre anciens et nouveaux brûlots, explosions de joie et crachats de distorsion. Balancés pied au plancher, les tubes du triptyque "Surfer Rosa"-"Doolittle"-"Bossanova" mettent le feu aux poudres dans un va-et-vient de décharges électriques, un truc vraiment euphorique. Avec Bone Machine, Caribou, Hey ou Vamos, Rock Werchter s’en est pris plein les oreilles. Près de trente ans après leurs débuts à Boston, les Pixies mordent encore. Très fort.

 

#5 Eels

L’été dernier, au Pukkelpop, Mark Oliver Everett traînait une belle bande de barbus ferrailleurs pour un concert de Eels entaché de graisse de moteur et imbibé de vidanges bluesy. Cette année, à Werchter, le public assiste au même concert… dans une version tirée à quatre épingles. Chemises blanches, costumes sombres et cravates: Eels a dévalisé la garde-robe des grands soirs. Sur scène, tous les musiciens portent une barbe ou des lunettes. On dirait parfois un club de philosophie mais, musicalement, l’interaction entre les mecs fonctionne parfaitement. Dans la foulée du dernier album ("The Cautionary Tales of Mark Oliver Everett"), le répertoire de Eels est remanié avec un soin tout particulier. Cuivres, piano ou contrebasse habillent anciens morceaux (Daisies of The Galaxy, I Like Birds, My Beloved Monster) et nouvelles chansons (Parallels, Gentlemen’s Choice). Entre saloon country et club de jazz enfumé, Eels déroule ses mélodies dépouillées et totalement apaisées. Vraiment cool.       

 

 

#4 Damon Albarn

Véritable golden boy de la pop britannique, Damon Albarn transforme tout ce qu’il touche en or. En fait, c’est bien simple: l’Anglais ne s’est jamais raté. Après un best of avec Blur l'année dernière, il revenait à Werchter en solitaire pour présenter les titres de son premier album signé de son propre nom, l’excellent "Everyday Robots". Veste en jeans sur le dos, cool et détendu, l’artiste est passé de l'avant-scène au piano pour un concert aussi melting-pot que cohérent. Entre ritournelles d' "Everyday Robots",  reprise de The Good, the Bad & the Queen (Kingdom of Doom)  et de Blur  (Out of Time), c'est surtout avec les morceaux de Gorillaz (Tomorrow Comes Today, Slow Country et Kids With Guns, Clint Eastwood). Le tout sous un soleil couchant. Hyper touchant.

 

#3 The Strypes

Chemises Ben Sherman, coupes de douilles, bretelles, costard-cravate : The Strypes sauvegarde les traditions de la culture mod et culbute une bande-son sixties façonnée pour les générations à venir. Les gamins ont entre 16 et 18 ans. Ils débarquent du fin fond de la campagne irlandaise avec la panoplie parfaite du petit rockeur, quelques boutons d'acné et une sérieuse envie de tout exploser. Paire de Ray-Ban vissée sur le nez et Dr. Martens enfoncées sur la pédale d’effets, les garçons ont joué avec l'énergie de jeunes loups.  C'est que The Strypes donne une véritable leçon de rock’n’roll aux gamins massés à leurs pieds. Dans la lignée d’Arctic Monkeys, ces jeunes singes connaissent déjà toutes les grimaces du rock business : le chanteur ressemble à John Cale, le guitariste à Paul Weller. Le bassiste est survolté et le batteur s’agite en fond de scène : un type épais comme une crevette de guerre mais monstrueux avec deux baguettes coincées entre les doigts. L'avenir leur appartient.

 

#2 Pearl Jam

Chansons épiques, reprises de derrière les fagots, hommages aux autres artistes es présents à Werchter… La formation de Seattle a livré un concert exemplaire de trois heures ce samedi soir… Et c'est là qu'on reconnaît les grands. Contrairement à la plupart des groupes qui se concentrent essentiellement sur leur concert et livrent un set carré en festival sans se soucier du reste, Pearl Jam considère chaque date comme un événement unique, changeant sa setlist au gré de son instinct et introduisant des surprises dans son show en fonction du lieu où il joue, des rencontres réalisées en backstage ou de la programmation. Samedi, à Werchter, Pearl Jam a ainsi rendu hommage aux Pixies qui jouaient au même moment sous la chapiteau The Barn et invité Midlake sur deux morceaux (All Night et  Rockin' In The Free World de Neil Young). Et que dire de son  propre répertoire! Avec la foi du débutant et la maîtrise acquise, Pearl Jam fait claquer les guitares, alterne décharges d'adrénaline (Spin The Black Circle) et passages acoustiques enivrants (Sirens tiré du petit dernier Lightning Bolt). En 1991, des chansons comme Alive, Jeremy, Even Flow, Porch ou Why Go, toutes tirées de leur premier album "Ten",  sonnaient comme des hymnes grunge reflétant parfaitement le malaise de la génération X. Plus de vingt ans plus tard, elles ont acquis le statut de classiques  qui, par la grâce d'un groupe allergique au copié/collé, sont réinventés chaque soir.  Merci les mecs pour nous avoir fait oublier la défaite des Diables Rouges…

 

#1 Robert Plant And The Sensational Space Shifters

Pendant que Jimmy Page assure le service après-vente des rééditions des trois premiers albums de Led Zeppelin, Robert Plant est en tournée avec son groupe The Sensational Space Shifters et vient de terminer son nouvel album  "Lullaby and … the Ceaseless Roar" (prévu pour le 9 septembre), décrit par l'intéressé comme de "la trance africaine qui rencontrerait Led Zep". Et c'est exactement ce qu'il a montré à Werchter. A soixante-cinq balais,  l'ex-chanteur du Dirigeable reste très en voix et va encore chercher de la nouvelle matière dans les musiques black. Malaxant le blues qui lui est cher et les sonorités africaines, son concert effectue sans cesse des voyages aller-retour dans le temps, entre les continents et les genres. Dans ce monde global et féérique,  le classique Black Dog est transcendé par  des notes sorties d'un riti sénégalais qui remplacent les accords de Jimmy Page. Plus loin, Robert Plant déterre le blues obscur Fixin' To Die de Bukka White "qui a autant influencé Jack White que Led Zeppelin", saisit un tambourin pour l'excellent Rainbow tiré de son nouvel album,  se la joue nostalgique sur une version époustouflante de Going To California avant de balancer, hilare, une  adaptation rock and world de Whole Lotta Love. Une claque…

 

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