Virginie Hocq: « Je ne me sens jamais légitime… »

Une série télé qui cartonne, des spectacles sold-out, des mises en scène, des projets de scénario et même de réalisation. What else? Interview ad Hocq.

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Comment avez-vous convaincu TF1 de vous offrir le premier rôle de Vive la colo!?
Virginie Hocq – En passant tout simplement le casting, tout comme Titoff ou Julien Boisselier. J'ai tout de suite accroché au scénario qui me rappelait les mouvements de jeunesse. Et lorsqu'ils m'ont demandé de jouer une scène dans un réfectoire où je devais motiver des gosses, c'était bon, j'étais à nouveau Yearling!

Quand on voit les nanars que produit d'habitude TF1, vous n'avez même pas hésité?
Pas une seconde. Un premier rôle et trois mois de tournage, en revanche, ça me faisait super fort flipper. Alors, je l’ai un peu joué enfant modèle. J’arrivais toujours pile à l’heure, je connaissais mon texte par cœur et j'ai même pris des cours de guitare et de natation. Pour les scènes en pleine mer, hein.

A quel point étiez-vous stressée?
Quand j'ai vu Julien Boisselier le premier jour et qu'il m'a demandé si j'allais bien, je lui ai répondu: "pas encore"…

Une belle rencontre?
Etonnante. Julien Boisselier me faisait un peu peur car il représentait pour moi l'archétype du comédien parisien qui vous salue du bout des doigts… En fait, ce mec est très drôle! Mais j'ai aussi été totalement bluffée par le professionnalisme de Catherine Jacob ou de Charlotte de Turckheim. Le genre d’actrice qui, entre deux scènes, prend encore le temps de monter son prochain film!

Qu'est-ce que cette série a de plus que les affreux Camping paradis ou Joséphine, ange gardien?
C'est une vraie série familiale avec deux degrés de lecture. Les enfants l'apprécient parce qu'ils se voient à l'écran et les parents, car on met des mots d'adultes dans leur bouche. En tout cas, de nombreux téléspectateurs me disent que leurs enfants rêvent désormais de partir en camp.

Cette exposition en télé se traduit-elle par des dates de spectacle supplémentaires?
Je vous mentirais en disant le contraire. C'est bien plus facile de remplir des salles quand on passe dans le salon des gens. Mais ce n'est pas non plus une règle infaillible car ceux qui regardent la série ne sont pas forcément ceux qui viennent me voir sur scène. D'autant qu'amener les gens au théâtre est une chose de plus en plus hard.

N'empêche, tous vos spectacles sont quasi sold-out. Comment vivez-vous cette notoriété?
Oh, n'exagérons rien, personne ne me tape dans le dos quand je marche dans la rue et je ne suis jamais prise comme un rat dans les phares d'une voiture. Je fais d'ailleurs encore mes courses chez Delhaize. Et comme je papote assez facilement, souvent, ce sont les gens qui s'excusent parce qu'ils doivent y aller!

Moustique d'or de la meilleure Belge exilée en France, pensez-vous que Paris est encore une étape primordiale pour réussir dans ce métier?
Vous savez, j'ai joué mon premier spectacle à Bruxelles et il n'y avait même pas quatre spectateurs qui me connaissaient. Je suis ensuite allée à la Ligue d'impro et personne là-bas n'avait vu mon one woman show. Puis, j'ai été jouer à Liège, à Paris, en Suisse. A chaque fois, je recommençais à zéro. Bref, on ne peut pas vraiment parler de tremplin parisien, ni de succès fulgurant…

Encore ce maudit complexe du "petit Belge"?
Je dirais plutôt que c'est l'éternel complexe de Virginie. Je ne me sens jamais légitime et je n'arrête pas de m'excuser! Je sais la chance que j'ai mais quand je débarque sur le plateau des Enfants de la télé, par exemple, je suis comme un gosse. J'ai beau connaître Arthur, à chaque fois que je le vois, j'ai l'impression que c'est la première fois.

Vous avez même été chroniqueuse dans On n'est pas couché. Que retenez-vous de cette expérience?
C'était mauvais! Il faut dire que je débarquais à Paris pour mon premier spectacle et je me retrouvais directement chez Ruquier. Moi, je pensais que ça allait être comme à la Ligue d'impro et qu'on allait tous jouer ensemble. Je ne savais même pas qu'il fallait que j'aie un coauteur. Catherine Barma m'avait dit qu'en France, je devais être bien plus méchante. C'est un peu bizarre de demander à quelqu'un d'être méchant, non?

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En parlant de bide, quels ont été vos plus grands moments de solitude?
Le jour où ma salopette s'est déchirée à l'entrejambe sur scène? Ça fait sourire… Je peux pourtant vous assurer qu’on se sent super mal. Mais les gens sont tellement à fond qu'ils pensent que c'est fait exprès.

Et un vrai bide?
Au festival du rire de Marrakech. J'avais joué la veille et je n’avais pas vraiment dormi. Il y avait Jamel Debbouze, Gad Elmaleh… Et toujours ce souci: est-ce que j'ai ma place? J’ai abrégé les répétitions et j’ai eu un trou sur scène. J’ai commencé à parler super vite, on ne comprenait plus grand-chose. Mais le plus terrible, c'est quand les gens te demandent: "Et sinon, toi, ça va?" après le spectacle.

C’est votre pire souvenir?
Je pourrais aussi vous parler de cette fois où mon ex-attachée de presse française m’avait envoyée en interview au salon de l’agriculture. Je me suis retrouvée avec des porcs sur les genoux et personne ne m'entendait car ils copulaient sauvagement. Plus jamais!

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La crise de la quarantaine qui approche?
Tout est toujours transformation. Il n'y a pas plein de rôles pour les femmes et j'ai de la chance de pouvoir écrire des choses. Alors, aujourd'hui, j'ai envie d'écrire pour les autres. Je ne ferai pas l'autruche pendant des plombes et j'aime bien l'idée de porter les gens. J’ai envie de me mettre à la scénarisation et à la réalisation.

Des projets concrets?
C'est encore trop tôt pour en parler. Je ne me sens pas légitime pour réaliser un film mais je bosse déjà sur un scénario. Pour cela, je me suis inscrite à la prochaine session de Robert McKee. Un cours que j'ai réservé il y a plus d'un an! Je prépare aussi un court métrage. Ce sera quelque chose de très photographique à l'image du travail d'Elliott Erwitt dont je suis super-fan. Quand il prend les choses à brûle-pourpoint, cela donne des photos parfois très drôles mais qui racontent une histoire. C'est d'ailleurs un peu ce que j'essaie de faire sur scène depuis quinze ans déjà.

Pas d'inquiétude…

Le 21/4 au Théâtre royal de Mons
le 24/5 au Forum de Liège et
les 30 et 31/5 au Cirque Royal à Bruxelles. www.virginiehocq.com

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