Un mec complètement Norman

Jusque-là, il faisait des vidéos. Idole de la génération LOL, star de Youtube, il fait désormais du one man show. A voir chez nous.

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Tout a commencé dans une chambre… Avec sa tronche du gars qui vient de sortir de son lit, en même temps que de l’adolescence, un grand échalas s’amuse, de son propre aveu, "à faire le débile" devant une caméra grand angle… Avant tout pour faire "loler" ses potes. "Pas pour être connu, dit-il. A l’époque, sur Dailymotion, on faisait 1.000 vues par vidéo." Quelques années et une migration sur Youtube plus tard, c’est en millions d’abonnés (6,8 exactement) que se compte l’audience de Norman Thavaud, devenu star d’un genre nouveau: on dit Youtuber. Un tremplin assez solide, assurément, pour entreprendre, à 27 ans, le grand saut vers les planches. L’essai est d’ores et déjà transformé: plus de 100.000 places de son spectacle, Norman sur scène, ont été vendues depuis le début de la tournée. Rencontre avec un mec, Norman.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous émanciper du web et à monter sur scène?

NORMAN THAVAUD – Une rencontre. Celle avec Kader Aoun, mon metteur en scène, qui est aussi mon producteur (et l’ancien auteur de Jamel Debbouze, Omar et Fred… – NDLR). Il m’a dit: "Je te trouve marrant dans tes vidéos, je suis sûr que tu serais fort sur scène. Est-ce que ça te dit?" De fait, face à ma caméra, j’ai un ascendant très "stand-up". Faire 30 millions de vues, je sais comment faire. Je pourrais continuer toute ma life à faire ça. Mais j’avais envie d’un défi. La scène, le stress devant 1.000 personnes, où on se demande: "est-ce que ça va marcher ou pas?", c’est un peu de piment.

Faire rire sur scène ou bien face caméra, le challenge n’est pas le même?

N.T. – Ce n’est jamais difficile de faire rire. C’est juste une question de temps pour que ce soit "parfait". Une vidéo, je mets un mois à la travailler. L’écriture du spectacle, elle, a nécessité un an et demi… Aujourd'hui, je suis super à l’aise sur scène… Les impros avec le public ne me posent aucun problème. Mais ce n’était pas le cas au début: j’étais un peu timide.

Dans votre spectacle, vous ironisez sur l’âge de vos fans, essentiellement composés d’ados, accompagnés de leurs parents. Parce que ça vous a surpris?

N.T. "Ne stigmatisons pas!" (Il rit.) Selon mes statistiques Youtube, la majorité de mes abonnés sont âgés de 18 à 25 ans. Pourtant, je me rends compte qu’il y a aussi des gamins de 8 ans qui rigolent… Alors, soit ils sont tous surdoués, soit c’est moi qui suis retardé: j’ai un humour d’enfant! Un sketch comme Avoir un chat ou Luigi clashe Mario fait rire des gens de 7 à 77 ans. Par contre, une vidéo comme Les aventures hipsters est davantage destinée à un public "adulte", plus "mature". Mais perso, j’ai autant de plaisir à faire marrer les enfants que les autres!

Votre principal ressort comique, ce sont les observations du quotidien. Entre Gad Elmaleh, Bref. ou Kev Adams, c’est un humour de connivence très actuel.

N.T. – C’est clair, ce ressort, popularisé par Jerry Seinfeld, est très utilisé dans le stand-up, avec le fameux "Vous avez remarqué…", où tout le monde se reconnaît. Ca résonne parce qu’il y a un sentiment de soulagement: constater que nos petites faiblesses sont partagées collectivement. C’est intemporel. Je suis sûr qu’un stand-uper du Moyen Âge aurait cartonné en racontant: "Attends, quand tu te laves pas pendant un an, c’est excellent… T’as des vers de terre!"

En incarnant un mec normal qui vit des situations banales, vous créez un paradoxe: vos millions d’abonnés sur Youtube aidant, vous vivez désormais une existence qui est loin d’être commune…

N.T. – C’est vrai que j’ai deux vies. Celle dans ces hôtels, pendant la tournée… Et celle, beaucoup plus normale, dans mon appart à Paris, avec mon coloc… C’est un peu bizarre. Sur scène, je parle d’ailleurs de cette vie "après le buzz". Mais pas de la célébrité en tant que telle: je ne raconte pas que des gens viennent toquer à ma porte tous les jours, par exemple… Parce que c’est tellement chelou d’être connu, que ça ne parlera pas aux gens…

Précisément, quand avez-vous formalisé votre basculement vers la notoriété? Quand vous avez eu votre page Wikipédia?

N.T. – (Il rit.) Plutôt lorsque des humoristes "à l’ancienne", des modèles, m’ont dit: "C’est incroyable ce que tu fais!" Par exemple, Les Inconnus sont venus me voir pour qu’on fasse un sketch ensemble dans mon salon. Alors que ce sont eux les stars! Et puis aussi, lors de quelques parutions presse clés… Lorsque j’ai fait la couv de Télérama, par exemple, c’était un truc de ouf! Parce que c’est le magazine que mes parents achètent depuis que je suis tout petit. Le passage au Grand Journal, idem…

Vous avez résisté à un appel du pied de Canal+, alors que certains tueraient père et mère pour y décrocher une chronique de 3 minutes…

N.T. – Je ne leur ai pas claqué la porte. A l’époque, je n’avais pas la prétention d’avoir "l’idée qui tue"… Donc, plutôt que de faire un truc moyen à la télé, j’ai préféré leur dire: "On verra plus tard, pour l’instant je suis bien là où je suis". Sur Internet.

Vous avez 5,8 millions d’abonnés sur Youtube. Plus ce nombre augmente, plus cela vous oblige à être consensuel?

N.T. – Oui, c’est sûr. Je ne verse pas dans le politiquement incorrect. En réalité, sur Internet, on est très, très bridés. C’est vraiment le média de la bien-pensance. Tant que je parle d’un chat, ça va… Mais pas question d’exprimer un avis trop "clivant". (Il montre une capture d’écran sur son laptop.) Regarde, sur une vidéo intitulée Les phrases de connard où je me moque des racistes – y a-t-il plus politiquement correct que ça, franchement? -, j’ai reçu ce commentaire: "Ah donc, les racistes sont des connards… Bien, Norman le gauchiste!" C’est génial! (Il se marre.) Plus le nombre d’abonnés grossit, plus je reçois des commentaires contestataires. Mais c’est un phénomène connu… Prenez Justin Bieber. C’est la plus grande star de la génération actuelle dans le monde entier. Pourtant, tous les gens que je rencontre disent détester Justin Bieber… Parce que c’est de bon ton d’être "contre-courant".

Vous avez prêté votre image à des marques. Vous n’avez jamais eu crainte d’un bad buzz à la Gad Elmaleh et sa pub pour la banque HSBC?

N.T. – Non, parce que je veille toujours qu’il y ait derrière une idée créative. Ce sont d’ailleurs davantage des "sponsors" que des publicités proprement dites. Comme lorsque j’ai fait un tour du monde d’un mois grâce à une marque de chocolat. Mais jamais je n’irai vendre du jambon à la télé en disant: "Eh! C’est génial!"

Votre première expérience au cinéma, un film de Maurice Barthélemy, a été un échec commercial…

N.T. – Ce n’est pas de ma faute! Je pourrais expliquer pourquoi les gens ne se sont pas déplacés en masse, mais ce n’est pas mon job. Moi j’ai kiffé, Maurice Barthélemy est une idole. Et ce film m’a ouvert plein de portes, comme être repéré par Maïwenn, la meilleure réalisatrice française, pour jouer dans son prochain film.

Comme tout jeune de votre âge, vous avez goûté, j’imagine, au téléchargement illégal… Ca change quelque chose de passer de l’autre côté du miroir?

N.T. – Oui, un peu… Maintenant, tout ce que je consomme culturellement, c’est du légal, via Spotify, Netflix, iTunes… Parce que je sais à quel point la création d’une œuvre est difficile. J’ai mis un an et demi à écrire mon spectacle, avec tout mon cœur et tout mon temps. Ça ne me ferait pas du tout plaisir que des millions de gens le "volent"…

NORMAN SUR SCÈNE, le 14/5, Forum, Liège. Le 15/5, Palais 12, Bruxelles.

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