Tom Ford: L’homme qui a inventé le porno chic

Le portrait de ceux dont on achète les caleçons, les parfums, les tee-shirts et les brosses à dents sans savoir qui ils sont.

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A 8 ans, l'âge où les garçons jouent encore à la PlayStation, Tom Ford montait déjà son plan de carrière. Ce petit Texan sait que sa vie ne ressemblera pas à celle des autres. Il imagine sa piscine à débordement, sa villa ultra-design, ses amis intéressants, stylés et bronzés. Il fantasme une vie de riche et rêve d'esthétique. C'est son rêve américain. Nombreux s'y sont brûlé les ailes en s'adonnant à la télé-réalité ou en s'essayant péniblement à une carrière d'acteur de série B, de mannequin, de chanteur, pour finir par faire le bastringue dans une bar-mitsva dépeuplée. Echec et mat.

Physique carnassier, tiré à quatre épingles, beau comme un dieu, Tom Ford semble sorti d'un roman de Bret Easton Ellis, mais son déterminisme le met à l'abri du faux pas. A 18 ans, encore plein d'illusions, il veut être acteur – comme tout le monde – et emporte son balluchon, direction l'université de New York. Après plusieurs mois de cours de théâtre et quelques apparitions pour la publicité, le jeune homme dresse rapidement son bilan pour barrer la case "acteur" de son plan d'avenir. Il sera styliste. Destinée qu'il pense étroitement liée à son signe astrologique "Nous les Vierges sommes des perfectionnistes. Nous aménageons notre environnement pour qu'il soit en prise avec notre monde intérieur. Il y a beaucoup de Vierges dans le monde de la mode: Carine Roitefeld, Karl Lagerfeld, Stella McCartney…", explique-t-il dans Elle. Après une formation à la mythique Parson School of Design de New York en 1982, l'étudiant s'installe à Paris afin de s'imprégner de l'essence fashion de la ville. Son perfectionnisme, sans doute, l'amènera aux portes de Gucci en 1990. Le conte de fées peut commencer.

Dynastie italienne ayant fait fortune dans la bagagerie et la maroquinerie, griffe ayant marqué la dolce vita des années 50 et 60, Gucci est un label poussiéreux et vaguement "vieille dame". L'arrivée du styliste au poste de designer est vécue comme une cure de jouvence. Il lui suffit de claquer des doigts pour être promu directeur artistique en 1994. Une à une, Tom Ford et son redoutable bras droit Domenico de Sole effacent les rides de Gucci, osent et imposent, rendent l'ensemble des collections ultra-sexy, mixent le classe et le trash. Ensemble, à partir d'une vieille marque synonyme de bourgeoisie, ils inventent le porno chic. La grâce italienne a rencontré la franchise américaine.

Ses créations s'arrachent, Madonna, ultra-provoc, n'hésite pas à vanter les qualités de la marque à qui veut l'entendre aux MTV Music Awards, chemise déboutonnée jusqu'au nombril. Kate Moss se fait photographier par le célèbre Mario Testino dans une robe Gucci. Gwyneth Paltrow foule le tapis rouge en smoking Ford. De telles ambassadrices, ça fait vendre! Les hommes, eux aussi, s'y retrouvent. Tout, dans leurs costumes, met plastique et muscles en valeur. Bogoss attitude. Suivent d'énormes campagnes de pub, chic & choc comme le veut la recette. Pubis rasé en forme de G, corps soumis, dénudés. Rien de tel pour s'incruster durablement dans l'imaginaire collectif.

En dix ans à peine, Tom Ford est arrivé là où il le voulait, là où ses comparses Ralph Lauren et Calvin Klein ont mis 20 ans à faire leur trou. Il a redéfini le rôle du créateur de mode. Son perfectionnisme, encore. "La perfection n'est pas naturelle, sauf dans la nature. C'est un trait qui m'épuise, c'est aussi mon point faible. Je le pousse à de tels extrêmes que j'en souffre. Ça peut rendre fou, chez moi c'est obsessionnel." Un sens du détail à toute épreuve qui le pousse carrément à demander à son voisin de Santa Fe de repeindre son tracteur en noir, parce qu'il jure avec les collines ocre. On imagine, évidemment, qu'il y a eu une juteuse contrepartie, mais tout de même.

 

Retrouvez cet article dans le Télé Moustique du 22 août!

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