Théâtre: Du coq à Lasne

L'envie d'en découdre de Laurence Vielle qui règle ses comptes familiaux avec la Belgique. Entre résistance et collaboration.

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Du Coq (en Flandre) à Lasne (en Brabant wallon), Laurence Vielle entreprend une marche à travers la Belgique. Il sera question d’animaux (de coq mais surtout d’âne), de langue maternelle et d’identité. Seule en scène à travers les paysages flamands et wallons qui défilent sur un rideau tendu, la comédienne rejoue les moments clés de son histoire familiale, à la recherche d’un passé qui ne passe pas – quelque part entre 1939 et 1945. Sans vergogne, elle réveille les morts et brandit les fantômes qu’on aimerait oublier mais qui ressurgissent sans cesse (comme dans la récente polémique sur l’amnistie des collaborateurs en Flandre).

Conteuse, elle redonne voix à son arrière-grand-mère Alice, sœur d’un oncle collaborateur et mère de quatre enfants dont deux fils résistants dans le réseau Comète.

Laurence Vielle tente une audacieuse et comique psychanalyse historique dans laquelle elle exhume aussi la fracture de la Belgique actuelle. Persuadée que le clivage du pays remonte à celui qui s’est opéré entre les collabo et les résistants, les noirs et les blancs comme on dit toujours en Flandre. Avec humour et intelligence (une marionnette d’âne sur scène devient ainsi le symbole de Lasne – sa part wallonne), son théâtre intime alterne jeux de mots et scènes de réconciliation.

Riche et complexe, le texte déploie un vrai questionnement identitaire sur les dénis de l’Histoire, qui rappelle aussi dans sa forme cathartique Le Carnaval des ombres, la récente pièce de Serge Demoulin sur les Cantons de l’Est et ses soldats incorporés de force dans la Wehrmacht. Etonnant de remarquer que chez nous, c’est le théâtre, plus que la politique, qui pose le mieux les questions de la mémoire et du passé, sans lesquels un pays a du mal à tracer un avenir. Quand on sait enfin que pour cette pièce Laurence Vielle a travaillé avec l’historien Bruno de Wever (spécialiste sans tabou de la collaboration en Flandre et frère de Bart, oui!), on se dit alors que passer du coq à l’âne est bien plus riche de sens qu’on ne le croit. Nécessaire.

Du Coq à Lasne. Jusqu’au 26/5. Théâtre Le Public, rue Braemt 64-70, 1210 Bruxelles. 0800/944.44. www.theatrelepublic.be

En +

Rencontre-débat autour des spectacles Du Coq à Lasne et Paix Nationale (de Geneviève Damas), sur le thème "Les chemins de l’écriture, comment écrire la Belgique?".
Jeudi 26/4 à 18h, Théâtre Le Public.

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