Tartuffe est un pervers narcissique!

Il avait du nez, ce Molière, tout de même. Dire qu’il avait prévu l’affaire Liliane Bettencourt. Ou ce qui allait arriver à la pauvre Catherine Breillat, qui vient d’ailleurs d’en faire un film (Abus de faiblesse, sorti le 19 mars).

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Tartuffe, c’est le François-Marie Banier de Bettencourt. Ou le Christophe Rocancourt de Breillat. Un homme qui va prendre le pouvoir sur un autre, plus faible, pour en faire ce qu’il veut. Un escroc, quoi. Tartuffe est dévot et adulé par Orgon, un homme riche et assez naïf pour lui promettre la main de sa fille et la gestion de sa fortune, sans réaliser que l’imposteur convoite son épouse dès qu’il a le dos tourné. Car s’il est dévot, le fourbe n’en est pas moins homme.

La pièce date de 1664. Applaudie par le roi mais interdite par l'Eglise qui se sent moquée par l’auteur. Tartuffe est, avec Le Misanthrope et Dom Juan, une des pièces de Molière qui se jouent sur le fil, entre drame et comédie. Le plus difficile pour celui qui se risque à la monter est de trouver le ton juste. Et la metteuse en scène Monique Lenoble semble avoir choisi de faire de son Tartuffe une sorte d’Hannibal Lecter des sentiments. Un vrai tueur. Quand il entre en scène, joué par le fabuleux Angelo Bison, c’est toute la noirceur du texte qui envahit le plateau. Le personnage est habité d’une folie égocentrique que le comédien incarne à merveille. Son regard et sa morgue font froid dans le dos. Il y a de la sorcellerie dans cet homme. Et quand il retourne dans ses appartements, emportant avec lui les ténèbres du personnage pour ne laisser aux autres protagonistes que les scènes de comédie, on comprend que la pièce est surtout un thriller psychologique. – E.R.

> TARTUFFE, jusqu'au 5/4. Théâtre du Parc, Bruxelles. www.theatreduparc.be

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