Quand Rops invite Fabre à Namur

La rencontre entre deux loups solitaires et irrévérencieux. Fascinant.

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“Si je devais voler une œuvre dans un musée, ce serait Pornokratès de Félicien Rops”,  déclarait Jan Fabre en 2011. Fabre, l’Anversois, avait découvert Rops à la fin des années 70 quand il venait jouer au blackjack au casino de Namur. D’emblée, le voilà bouleversé par l’imagination magistrale de l’artiste namurois, sa liberté de création, le monde marginal né sous ses crayons, sa poésie radicale, sa fascination pour la sexualité, la luxure, le désir et "sa prédilection pour la beauté laide”, comme il dit. Clairement, à travers le temps (l’un est né en 1833, l’autre en 1958) Fabre rencontre un homme, un artiste qui lui ressemble, libre, rebelle, ironique, irrévérencieux jusqu’à l’irrespect, débordant de vitalité, d’autodérision, mais aussi d’une grande vulnérabilité. “Je suis Rops et ne veux être personne d'autre", déclarait le Namurois. Des décennies plus tard, Fabre ne dit pas autre chose en clamant "Je suis un mouvement à moi seul".

Ces deux loups solitaires se devaient de se rencontrer quelque part, hors du temps. Voilà, c’est fait. Rops a lancé une invitation posthume à Fabre, l’artiste-innovateur qui occupe la scène artistique internationale depuis plus de trente ans. Cela donne l’exposition Facing Time, Rops/Fabre au Musée Rops, d’une richesse inouïe, mettant en relation avec la complicité de Joanna De Vos, commissaire de l’expo, les œuvres des deux artistes.

C’était aussi l’occasion pour la ville de Namur d’étendre ce dialogue à travers toute la cité, de la Maison de la Culture jusqu’en haut de la Citadelle, où  Fabre, chevauchant une de ses immenses tortues dorées, domine le confluent de la Sambre et de la Meuse, non loin d’un autre de ses doubles de bronze, mesurant, bras écartés, les nuages, les “merveilleux nuages” qu’aimait tant Baudelaire. Ce qui nous ramène à l’église Saint-Loup, magnifique édifice baroque du 17e siècle, où Rops emmena le poète des Fleurs du mal qui y fut foudroyé par un “ictus”. Le lieu accueille aujourd’hui des scarabées en bronze de Fabre. Et a suscité un dialogue croisé entre l’artiste et le philosophe Bernard-Henri Lévy dont l’ouvrage Les derniers jours de Charles Baudelaire racontait dès 1988 les ors et les marbres du remarquable édifice. L’univers de Fabre se laisse, lui, encore découvrir au gré d’une balade dans la cité où apparait soudain, là, L’Homme de bronze (Fabre?) qui donne du feu, ou ailleurs, sur le balcon en fer forgé du Palais provincial, L’homme qui porte sa croix.  Bref, à Namur, il  faut prendre le temps de lâcher prise et s’immerger dans un univers aux multiples entrées. Un projet artistique et de ville vraiment fabuleux.

 

FACING TIME ROPS/FABRE, jusqu'au 30/08. Musée Félicien Rops, 5000 Namur. www.ropsfabre.be

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