Pinocchio: une vieille branche?

Vous croyiez tout savoir du célèbre pantin? Vous êtes loin… du conte. Le 28e spectacle d’été que produit Patrick de Longrée dans les ruines de Villers-la-Ville nous révèle la partie immergée de la baleine!

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Il n’y a pas que Disney dans la vie. Même si son Pinocchio est loin d’être un infamant ratage, ce n’est jamais qu’une version hollywoodienne, forcément sucrée, du roman d’origine de Carlo Collodi, journaliste et écrivain italien du 19e siècle, qui a imaginé moins un conte pour enfants qu’une farce macabre.

Pourtant, l’histoire, on la connaît. Le bout de bois qui parle, sculpté par Gepetto, va préférer le chemin des écoliers à l’étude et tomber dans tous les pièges qu’on lui tend. On n’est absolument pas dépaysé par le nez qui s’allonge ou par les cancres qui se transforment en ânes. Tous les personnages sont au rendez-vous: de la fée au criquet en passant par le renard, le chat et le montreur de marionnettes. Seule petite différence, mais de taille: Pinocchio ne devra pas sauver son père des entrailles d’une baleine… mais d’un requin! Et ce n’est pas anodin.

Même si ce spectacle se veut familial, il n’en reste pas moins cruel. A l’image de l’apprentissage de la vie que va devoir se coltiner le sale gamin de bois mort. Bouffer ou se faire bouffer résume bien la logique à laquelle il va être confronté. A ce titre, Collodi est à Disney ce que les feux de l’enfer sont à un barbecue de jardin. La mort est omniprésente et le salut ne réside que dans le travail. Mais un travail qui n’est pas forcément une valeur noble, tant il peut être abrutissant. Bref, on n’est pas sorti de l’auberge! Et c’est d’ailleurs une des leçons de ce spectacle joué par des comédiens… en bleu de travail.

On aurait pu croire l’atmosphère majestueuse des ruines de Villers plus appropriée à des œuvres comme Frankenstein, Le nom de la rose, Dracula ou Les misérables, dont les répliques résonnent encore au creux des vieilles pierres, qu’aux aventures de Pinocchio. Pourtant, ça fonctionne. Le décor semble accueillir une troupe de théâtre itinérante et renforce l’option résolument commedia dell’arte voulue par le metteur en scène Stephen Shank. On comprend en revanche moins son choix d’une illustration sonore tournée vers la comédie musicale américaine, allant jusqu’à s’offrir un clin d’œil à West Side Story ou… au Pinocchio de Disney!

Mais le pompon, la floche, la mention "très bien" revient à Maroine Amimi qui interprète de bout en bout un formidable Pinocchio d’aujourd’hui, à la fois ado naïf et gosse de merde, entre gravité et légèreté désarticulée. Par son interprétation, ce comédien, lauréat du prix de la critique 2013 dans la catégorie Jeune espoir, incarne parfaitement une condition humaine que l’on pourrait résumer comme suit: l’homme est un bout de bois pour l’homme!

PINOCCHIO, d’après Carlo Collodi, jusqu’au 9/8. Villers-la-Ville. 070/224.304. Site web.

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