Philippe Manoeuvre: « J’ai entendu James Brown et là, j’ai vu la lumière »

Idole quinqua, il aime l'égyptologie, les églises romanes, le jus d'orange frais et les disques auxquels il consacre un deuxième volume de son encyclopédie La discothèque idéale.

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Quel est le premier 45 tours que vous avez acheté?
Philippe Manoeuvre – "Baby Come Back" par The Equals avec Eddy Grant. Un groupe mixte que j'adorais, un groupe avec des Noirs et des Blancs. Je suis fan de musique noire depuis que j'ai 14 ans et c'est ma copine Adeline Maçon – les autres rigolaient de nous au lycée en disant "'Y a un manœuvre et un maçon" -, c'est Adeline donc qui m'a offert, pour mes 15 ans, un 45 tours de James Brown. J'entends Papa's Got A Brand New Bag – et là, je vois la lumière! Du coup, j'ai autant acheté les disques des Stones que ceux d'Otis Redding. Ce qui était bizarre à l'époque, parce que, dans les années 60, soit vous étiez un minet, vous portiez des shetlands et vous dansiez sur Otis, soit vous étiez un rockeur, vous portiez un Perfecto et vous ne dansiez pas. Moi, j'étais un transgresseur et j'en suis toujours hyper-fier.

Quelle rencontre professionnelle vous a le plus déçu?
(Silence.) Michael Jackson. J'ai été introduit dans la loge de Michael pour lui faire rencontrer le rugbyman Jean-Pierre Rives qui, à l'époque, était l'une des stars du sport. Michael Jackson peinait à remplir le Parc des Princes trois soirs de suite, j'ai donc eu l'idée de faire se rencontrer, avant un concert à Bâle, le roi de la pop et le roi du Parc des Princes… L'organisation a dit O.K. Je voulais organiser une vraie rencontre avec une vraie conversation, ça n'a pas dépassé le stade de la photo.

À part le rock, qu'est-ce qui vous intéresse?
L'égyptologie. C'est un peu mon dada. J'aime beaucoup l'histoire de l'Egypte ancienne. Je suis très pharaons, mais je m'intéresse aussi à l'architecture romane. J'ai visité beaucoup d'églises, les vieilles pierres, ça m'intéresse. J'adore étudier l'histoire. Avant, on avait une admiration pour le parcours des grands combattants – je me souviens de la manière dont mon grand-père nous parlait du général de Gaulle ou du général Patton… Aujourd'hui, ça a disparu, plus personne n'admire aucun héros de l'armée.

Mais vos héros, c'est les héros du rock!
Et j'ai l'impression que notre fascination pour les grands hommes de l'histoire a glissé sur les stars du rock. On parle de Jimmy Page quand il a conquis l'Amérique, la cinquième campagne de Led Zeppelin. On parle de la tournée japonaise de Cheap Trick lorsque le groupe est allé à Budokan – comme si c'était Napoléon! Il y a des gens qui ont vécu des batailles décisives, comme avoir vu Tangerine Dream à la cathédrale de Reims!

Votre fille a-t-elle les mêmes goûts que vous?
Elle a 23 ans et elle est très hip-hop. Elle va aux concerts de Snoop Dogg, elle est encore allée voir Joey Starr la semaine passée. Pour elle, comme pour beaucoup de jeunes aujourd'hui, le rock, ça se passe du côté du hip-hop. Le hip-hop, c'est les gros mots. Je le vois quand je vais donner des conférences dans les lycées. Les jeunes de 14 ans écoutent La Fouine parce que c'est là qu'on dit "J'baise ta mère, j'nique ta sœur, j'nique ta grand-mère"! Ça fait de l'émulsion et ils en discutent entre eux…

Est-ce vrai que votre fille a voulu se présenter au casting de Nouvelle star?
Elle voulait le faire – sérieusement. C'est une idée qui avait traversé l'esprit de ma fille et de celle de Lio. Mais Lio et moi, on pensait sincèrement que cette émission n'était pas pour les "fils de" – nom de Dieu! On a mis le holà, on ne voulait pas juger nos enfants et puis, de toute façon, le règlement l'interdisait. Elle a fait devant moi ce qu'elle voulait faire devant le jury, sa petite chorégraphie, c'était très mignon…

Faire Nouvelle star vous a fait basculer du côté des people. À cause de cette émission, on a commencé à évoquer votre alcoolisme dans les magazines…
C'était un vieux problème. L'occasion de dire que l'alcool, j'en suis sorti. Je ne bois plus et je vais bien. Mais c'était normal qu'on en parle, il y avait une curiosité de la part des gens… Ceci dit, s'en sortir c'est difficile. Quand vous êtes rédacteur en chef d'un journal de rock et que vous avez une bouteille de bourbon posée sur votre bureau, personne ne va vous dire "Mais qu'est-ce qui se passe?". Au contraire, on trouve ça chouette… Je me suis conformé à ce qu'on attendait d'un critique rock. Normalement, les critiques, ils durent cinq ans, moi, je suis là depuis quarante ans – la pression de l'alcool, c'était trop… Il valait mieux arrêter, je n'ai pas envie de m'endormir pendant les concerts.

Etait-ce réellement un problème?
Oui. C'était terrible, je buvais tous les jours. C'est à ça qu'on reconnaît qu'on a un problème, quand on ne peut plus s'arrêter une journée. Quand on fait le petit déjeuner à la bière, c'est un peu embêtant quand même.

Quelle image aviez-vous de vous?
Quand je me voyais dans un miroir, j'avais du mal à reconnaître Philippe Manoeuvre que je connaissais assez bien.

Quelle est la chose que vous n'avez jamais faite et que vous aimeriez quand même faire dans votre vie?
Il y a plein de trucs que je n'ai jamais faits… Par exemple, je n'ai jamais conduit de voiture, je n'ai pas le permis. J'étais dans l'alcool, je ne pouvais pas conduire, je n'avais pas envie d'estropier quelqu'un ou de me tuer contre un arbre. Et quand j'y pense, ça me plairait bien: conduire, partir avec ma petite voiture. C'est un truc à faire avant la fin du monde.

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