Patrice Chéreau est décédé

L'homme de cinéma et de théâtre est décédé ce 7 octobre 2013 des suites d'un cancer. En 2012, la Cinématek  avait accordé une carte blanche au réalisateur de La reine Margot et lui avait offert une rétrospective de ses films.

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On vous republie la rencontre avec Moustique.

 

Invité de marque à la Cinematek de Bruxelles, Patrice Chéreau a droit à son cycle, mais aussi à sa carte blanche à travers laquelle il programme les films qui ont nourri son imaginaire (M le maudit de Fritz Lang, Sarabande de Bergman, Rocco et ses frères de Visconti…) et d'autres, plus contemporains – Drive de Nicolas Winding, Kids de Larry Clark, Elephant de Gus Van Sant, Une séparation d'Asghar Farhadi.

"J'ai une admiration sans bornes pour Bergman et Visconti, dit-il, deux réalisateurs à qui je ne m'identifie pas mais qui sont des exemples parce qu'ils ont fait – comme moi – du théâtre et de l'opéra." Quant à sa filmographie qui fait l'objet d'une rétrospective, elle l'oblige à regarder en face une œuvre qui, depuis le début des années 80, fouille inlassablement le thème de l'amour déchirant.

"Je regarde la liste des films présentés à Bruxelles et je me dis que je n'ai quand même pas mal travaillé. Même si, pour moi, il y a les films du début, parfois maladroits car j'étais encombré par des questions de style. Puis, il y a les films d'après – Ceux qui m'aiment prendront le train, Intimité, Gabrielle – dont je suis plutôt content et, au milieu, il y a La reine Margot qui a été un apprentissage intensif du cinéma avec un tournage qui a duré cinq mois et demi."

Pourtant, en 1983, Patrice Chéreau raconte l'histoire de L'homme blessé – celle d'un jeune homme qui tombe sous la coupe d'un homme qui va le conduire à la prostitution -, un film qui marque l'époque. "C'est mon troisième film, après deux premières tentatives qui ne m'avaient pas satisfait (La chair de l'orchidée et Judith Therpauve – NDLR), j'ai essayé de résoudre mon questionnement sur le cinéma par une histoire d'amour malheureuse qui me touchait intimement. Je n'ai pas conscience de l'importance du film, mais beaucoup de gens m'ont dit qu'il les avait aidés à accepter leur homosexualité, même si, deux ans plus tard, avec l'arrivée du sida,

L'homme blessé est un film que je n'aurais pas pu faire." On peut alors se demander si Chéreau, si attaché à l'esthétique, voit ses films aussi comme de possibles vecteurs de changement. "Oui, les films peuvent aider à changer la société, dit-il. Ils peuvent même anticiper les choses. Souvenez-vous, le premier président des Etats-Unis noir, c'était dans 24 heures.

" Ce qui suppose donc que cette sommité mate, elle aussi, des séries télé. "Pas beaucoup, répond-il. J'ai un problème avec la télé qui est chez soi. Je suis habitué à aller au cinéma, à payer mon ticket, à être enfermé avec des inconnus. Chez soi, il n'y a pas d'inconnus et on peut aller pisser."

Cycle Chéreau, jusqu'au 17/10. Carte blanche jusqu'au 31/10. Cinematek, rue Baron Horta 9, 1000 Bruxelles. www.cinematek.be

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