Opéra: Stradella – Bulles, miroirs, rideaux de pluie

Après trois ans de rénovation, l’Opéra Royal de Wallonie rouvre. A l'affiche, Stradella de César Franck revisité par Jaco Van Dormael.

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D’abord, il n’y a que le noir et la musique, douce, de César Franck. Puis, une série de points lumineux se reflètent dans un grand bassin d’eau. De l’eau, des pontons qui émergent ou s’engloutissent, des chanteurs qui, jusqu’à la fin, ont les pieds dedans ou s’y immergent jusqu’à mi-corps. On l’aura compris: l’eau est au cœur de la mise en scène de Stradella, opéra de jeunesse (15 ans!) de César Franck, né à Liège en 1822, mais qui dès ses 13 ans va se former à Paris.

Première création mondiale, Stradella est une histoire d’amour contrariée entre le chanteur Stradella (il a réellement existé) et la belle orpheline Leonore. Elle a Venise pour cadre. Mais comment représenter la cité des Doges sans tomber dans les clichés? C’est ce que s’est demandé le cinéaste Jaco Van Dormael à qui Stefano Mazzonis, le directeur de l’ORW, a confié ce spectacle de réouverture de l’Opéra de Liège. "Je voulais, explique Mazzonis, quelqu’un ne venant pas de l’opéra, qui oserait des choses auxquelles d’autres ne penseraient même pas." Et il a vu juste: Jaco a osé. Pas de masques ni de costumes de soie pour Venise. Seulement de l’eau, une "Acqua Alta" qui participe à la progression dramatique. Plus les amours des amants sont compromises, plus les personnages s’enfoncent dans l’eau. Bien sûr, affronter ces flots n’a pas simplifié le travail des chanteurs-acteurs dirigés par Paolo Arrivabeni, celui par exemple du ténor Marc Halo (Stradella) ou de la belle soprano Isabelle Kabatu (Leonore). Et cela se ressent parfois. Seul petit bémol dans cette belle approche onirique que nous offre entre bulles, miroirs géants, rideaux de pluie, spadassins-plongeurs et poissons volants, l’auteur si inventif de Toto le héros et Mr. Nobody.

Reste l’écrin lui-même. Construit en 1820, le Théâtre Royal de Liège avait au fil du temps subi pas mal d’aménagements pas toujours heureux. Aujourd’hui, après deux ans et quatre mois de travaux (un record de vitesse!), le voilà brillant à nouveau de tous ses ors. Un travail réalisé par le bureau bruxellois A2RC Architects (secondé par plusieurs bureaux liégeois), déjà responsable de la rénovation du KVS (Koninklijke Vlaamse Schouwburg) à Bruxelles. Le budget? 31 millions d’euros (Région wallonne, Fonds Feder, Ville de Liège). Nouveau plafond, nouvel espace entre les sièges, acoustique plus performante, dorures restaurées, cage de scène dédoublée, 66 perches autorisant un changement rapide des décors… Riche de ses nouveaux atouts, l’Opéra de Liège est aujourd’hui – Mazzonis n’a pas peur de le répéter – "le plus performant au monde". Une modernité qui a su intégrer le passé. C’est particulièrement visible en extérieur où l’élégante façade néoclassique se voit rehaussée d’une extension contemporaine entourée d’une claustra en alu. Une belle audace architecturale qui fait signe à l’avenir. A Liège, où l’on a toujours adoré l’opéra, on veut y croire. Ailleurs aussi.

STRADELLA, les 27 et 29/9. Opéra Royal de Wallonie, place de l’Opéra, 4000 Liège. 04/221.47.22. www.operadeliege.be En télé: le 9/11 sur La Trois (1re partie) et le 16/11 (2e partie). Rediffusion sur La Deux les 10 et 17/11.

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