Myriam Leroy : la révélation sans effort

Son nom : Myriam Leroy



Ce qu’elle dit d’elle : « Une fille de 30 ans. Journaliste freelance. Précaire. Indépendante de corps et d’esprit. Sensible. Et agoraphobe. »

 

Ce qu’on complète : La saison passée, ses billets « Myriam Leroy n’aime pas » sur Pure FM ont fait de cette humeuriste fielleuse la plus hype des chroniqueuses du P.A.B.

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Le prétexte : La sortie de son livre « Les bobos : La révolution sans effort » : une compilation de ses chroniques performées dans On n’est pas rentré sur La Première.

Où on est : Chez Emile, à Ixelles.

Ce qu’on boit : Elle, une eau pétillante (lendemain de veille). Moi, une pils (veille de lendemain).

« Mieux vaut être bourgeois et bohème que pauvre et polluant ! »

 

N’est-ce pas un peu convenu de s’attaquer aux Bobos ? La chanson de Renaud date d’il y a 6 ans et le terme est devenu l’argument-massue de tous les gens de droite dans les débats politiques… Taxer quelqu’un de bobo, finalement, c’est assez facile.
Myriam Leroy – Oui, c’est probablement assez convenu, mais ça me faisait rire. Ce n’est pas spécialement novateur, effectivement. Mais je pense que le bobo est tellement rentré dans le langage courant… Aujourd’hui, Marine Lepen parle des bobos pour fustiger l’électeur de gauche qui se balade en vélib’ à Paris. 2012 est l’année où le bobo a connu son heure de gloire… parce qu’il est devenu banal. 

 

Mais foncièrement,  que peut répondre le bobo à une attaque de « boboïsation » ? Il a le choix entre être moins friqué et se départir de valeurs qui sont, certes, peut-être un peu « prêts-à-porter » mais pas mauvaises en soi…
Mais moi je trouve ça très bien d’être bobo ! Dans le bouquin, ce n’est pas du tout une attaque ; c’est une manière de s’amuser de ses contradictions, qui sont un peu celles du monde moderne : on est invité à trier nos déchets, mais aussi à prendre l’avion fréquemment. Olivier Monssens, qui fait la préface, le dit : « bobo », ce n’est pas une insulte. Il n’y pas lieu de s’en défendre. Parce que mieux vaut être bourgeois et bohème que pauvre et polluant !  Le bobo est un archétype un peu agaçant parce qu’il est assez moralisateur, très élitiste, un peu snob… Mais au-delà de cela, c’est plutôt un personnage assez exalté, avec beaucoup de bonnes intentions et de valeurs assez positives. Qu’est-ce qu’il pourrait répondre ? Je crois qu’il n’a pas à répondre, il a à assumer…

 

N’empêche ! C’est devenu l’argument imparable : « bobo toi même ! ».
Le bobo croit détenir la vérité et être la version 2.0 de l’homme moderne. J’imagine que pour les gens de droite, être confronté à des gens qui ont plutôt des valeurs de gauche et qui croient détenir la vérité, ça doit être relativement agaçant. Je parle des « gens de droite », mais ça peut aussi les gens de la campagne par rapport aux Bruxellois, considérés comme étant le summum du snob. Je ne crois pas qu’il faille se défendre d’être bobo. C’est marrant, parce que plein de gens qui lisent le bouquin me disent : « C’est incroyable, je me retrouve à chaque page et pourtant je ne suis pas bobo ! ». J’ai envie de leur dire : « Ben euh… Il faut peut-être te poser 2-3 questions, tu crois pas ? ».

 

« Sans Facebook et Twitter, je ne serais rien ! »

 

Tes chroniques ont connu une seconde vie sur le Web. Ça a grandement valorisé ton travail !
Ah oui, je remercie à fond Facebook et Twitter, sans qui je ne serais rien finalement ! (Elle rit.)

 

Tu n’aurais pas un Klout à….
Un Klout entre 69 et 72, c’est important de le noter ! (Elle rit.)
D’ailleurs, c’est marrant, les chroniques « Bobos » n’ont pas eu beaucoup d’échos, on n’en a pas du tout parlé sur Facebook et Twitter. En fait, Olivier Monssens et les autres gens d’On n’est pas rentré n’avaient pas envie de consacrer une page Facebook à l’émission, ni de faire vivre les chroniques au-delà sur Internet. Ils redoutaient qu’on les y insulte, parce qu’on les prenait pour les fossoyeurs du « Jeu des Dictionnaires ». Ils ne voulaient pas tendre la main aux haters et aux trolls qui auraient pu nous faire chier. Du coup, c’est resté dans l’ombre mais c’est tant mieux pour le bouquin : ça lui donne une vraie vie propre.

Il y a un projet de bouquin avec les « J’aime pas » ?
Je l’ai proposé à l’éditrice, mais elle n’est pas très emballée. Elle dit que ce n’est pas très identifiable, comme public, comme cible. D’un point de vue marketing, elle ne voit pas très bien comment exploiter ça. Et puis les « J’aime pas », on les a entendus et vus suffisamment… Un peu plus et ça va commencer à saouler les gens.

 

D’autant que tu as déjà reçu un paquet de réactions outrées sur Facebook, de la part de DJ ou de fans de Madonna suite à tes « J’aime pas ». Manifestement, ils avaient du mal à discerner le premier degré, de l’exercice de la chronique.
J’avoue que je ne comprends pas, mais ça me fait assez rire. Au début, ça me choquait un peu parce que les insultes étaient très dures. On allait venir me péter la gueule à la sortie du boulot… Mais c’est rapidement devenu assez grisant. En fait, j’avais tendance à juger de la qualité d’un billet en fonction du nombre d’insultes que je recevais en retour. En même temps, ça me fait aussi du bien d’arrêter, parce que c’est usant. Tu ne peux pas faire ça toute ta vie, tu finis par craquer…

 

Par craquer ou par devenir une caricature de soi-même…
Oui, c’est ça. J’aurais volontiers continué à faire ces billets si on m’en avait laissé la possibilité. Ça n’a pas été le cas mais c’est sympa de retourner un peu au calme et de ne plus se faire incendier toutes les semaines.

 

Revenons à ton départ de Pure FM, fin août. Si tu as quitté la station, c’est parce que tu étais trop ambitieuse ou parce qu’ils étaient trop frileux ?
Je ne suis pas du tout quelqu’un d’ambitieux donc euh

Mais c’est toi qui en as demandé trop ?
Non, en fait… Comment raconter ça sans que ça prenne des heures ? Fin de la saison dernière, il a été question de changer la matinale et globalement toute la grille, pour la rendre plus attractive. Ce qui est bien légitime de la part d’une radio, même publique. Les scores n’étaient pas très satisfaisants, genre 1,9% de parts du marché, parfois en dessous de Musiq’3

 

Avec un public-cible qui ne correspondait plus à la mission qui était attribuée à la chaine.
Voilà. Un public-cible très âgé, de 39 ans en moyenne. Or, ils espèrent s’adresser à des ados et des jeunes adultes. Ils ont donc fait des tas d’étude pour cibler les envies des gens. Et dans ce que les gens n’aimaient pas, il y avait un nuage de mots récurrent : « caustique », « provocation », « coup de gueule »… Résultat, ils m’ont dit : « La tendance n’est plus aux coups de gueule, à la négativité. On doit faire “du sourire“ ! Dans ce cadre là, ta chronique « J’aime pas », elle saute. Mais libre à toi de proposer de nouvelles choses dans cette nouvelle optique… » Je n’avais rien à leur proposer. On s’est arrêté là.

Comment peut-on tenir ce discours alors que les capsules cartonnaient sur Facebook ?
Je ne sais pas. Pure FM est le site de radio qui a le plus de succès en Belgique. Leurs vidéos fonctionnent très, très bien… mais surtout les miennes ! Pour une raison qui m’échappe totalement, cela dit. Parfois une interview d’Indochine – un groupe quand même super suivi par une fanbase frénétique – avait 700 vues alors que moi, j’en faisais 20.000 !
Je crois qu’ils ont tout simplement voulu faire table rase du passé et démarrer sur une nouvelle dynamique. Et ça a fonctionné ! Je pense que c’était une bonne idée de leur part. Mais moi, ça m’arrange moyennement : c’était une tribune que j’aimais bien, une radio que j’aime beaucoup et une équipe avec qui j’adorais travailler.

Tu regrettes qu’ils aient tourné un peu plus mainstream ?
Je le regrette surtout pour le public qui n’a plus d’alternatives pointues à laquelle se raccrocher, à part StuBru. Oui, c’est dommage que le paysage audiovisuel s’égalise à ce point. C’est une des raisons pour laquelle j’ai décidé de me lancer dans un podcast avec le Focus.

 

« J’ai appris à lire à trois ans »

 

Tu as aussi un projet de roman…
Oui, enfin… J’ai écrit un roman que j’ai terminé fin de l’été 2011. Mais il doit être relu, recorrigé. C’est encore très maladroit à plein de niveaux.

 

Ça raconte quoi ?
C’est l’histoire de l’érosion du sentiment amoureux, en gros. C’est une sorte d’exploration… Je me suis un peu inspiré du style de Nicolas Fargues, cet auteur français qui, à mon avis, s’est lui-même un peu inspiré de Beigbeder qui lui-même s’est un peu inspiré de Salinger. On pompe toujours quelque chose quelque part ! Fargues a un côté mise en abyme dans l’auto-fiction que j’aime bien. Ça me bottait de faire un truc dans ce genre là.

 

Il vient de quand ton désir d’écrire ?
Depuis toujours, en fait. J’écris depuis que je suis gamine. Il y a des gens qui savent bien chanter ou qui savent bien danser : moi, je sais bien lire. J’ai appris à lire à trois ans ! À six ans, j’écrivais déjà mes propres histoires, des BD, de la fiction, de la poésie… J’ai toujours adoré le cours de français, la rédaction. Ça a toujours été logique de faire, un jour ou l’autre, de l’écriture mon métier. C’était … écrit depuis le début, je crois.

 

Pour le moment, tu passes tes journées à  faire de la promo, de répondre à des questions de journaliste… Ça fait quoi d’être dans le fauteuil en face ?
C’est super intéressant ! Je me rends compte que mes questions, d’habitude, ne sont pas si connes…

Parce qu’on te pose les mêmes ?
Oui ! C’est normal en même temps, y’en a pas 36.000 et ce n’est pas comme si j’avais une œuvre-fleuve à mettre en exégèse avant ! (Elle se marre.)  Puis on se rend compte de la difficulté d’être dans la peau de l’interviewée. Par exemple, une gonzesse m’a demandé – et je devais lui répondre du tac au tac : « Quelle histoire vous raconteriez si votre personnage de bobo devenait le héros d’un roman ? ». J’ai donc dû lui pitcher une idée de roman à laquelle je n’avais jamais pensé. Au pied levé.

 

Et ça donnait quoi ?
« Mon bobo termine ses études, se voit confronté aux premiers pas dans le monde du travail et doit faire des compromis avec sa conscience et ses idéaux ». Et en y réfléchissant, je me dis que c’est peut-être une bonne idée ! (Elle rit.)

 

« Mon nom dans une anthologie d’humour »

 

Est-ce qu’il y a une question qui t’énerve ou qui te met mal à l’aise ?
Oui. Quand on me parle de mon mec (Dan Gagnon, ndlr). Moi, je ne vois pas le rapport. On ne bosse pas ensemble, on ne fait pas la même chose. Lui est humoriste, moi je suis dans le milieu journalistique. Donc, ça m’énerve. Mais bon… Les gens aiment bien avoir des histoires à raconter, je peux comprendre. Nous, on n’a jamais vraiment exploité ça.

 

Sauf quand tu as participé à son podcast.
Au début, j’avais dit non. Je n’étais pas à l’aise avec ça et je ne voyais pas l’intérêt : je ne suis pas très connue, ni quelqu’un de particulièrement drôle. Or, c’est quand même un podcast sur l’humour !  Pourtant, ce podcast a fait des scores de dingue, davantage que ceux avec Laurence Bibot ou Cody. J’ignore si c’est la fascination pour le côté « couple people », mais ça a cartonné.

 

Le syndrôme Zecca-Taton !
Quelle horreur ! L’horrible amalgame ! (Elle se marre.)

 

Tu refuses qu’on te qualifie d’« humoriste ». Jusque là, d’accord. Mais tes chroniques sur les bobos ou les « J’aime pas », tu estimes que c’est du journalisme?
Non, non. J’estime faire de la chronique. Les Bobos et les « J’aime pas », c’était deux fois cinq minutes par semaine…

… Mais c’est ce que les gens retiennent.
Oui, c’est ce qu’ils retiennent, parce que c’est plus médiatisé. Mais, au-delà de ça, mon principal boulot, c’est journaliste. Du vrai journalisme : avec des interviews, des portraits, des critiques, des enquêtes… Ça me prend beaucoup plus de temps que le reste. Cela dit, c’est marrant : j’ai reçu ce matin un bouquin par la Poste, de Bernard Marlière. C’est une anthologie de l’humour en Belgique et… il y a mon nom ! C’est super marrant, parce qu’on ne m’a pas appelé et pourtant ma biographie est exacte, à part deux-trois approximations. Je ne pige pas comment il a trouvé ces infos… Très bizarre !

 

Et tu es au côté de … ?
Alex Vizorek, Jérome de Warzée, Walter, Antoine Guillaume… Je suis censée représenter la nouvelle génération !

 

Et Dan ?
Il n’y est pas ! (Elle s’esclaffe.)

 

« J’observe les gens sur Facebook comme des fourmis avec une loupe »

 

Revenons à toi et tes chroniques. Pas humoriste. Pas vraiment journaliste. Caricaturiste, alors ? Le côté descriptif, le vrai point de vue, la manière de forcer le trait…
Ah oui… Ouais, c’est vrai.  En plus, j’ai toujours bien aimé écrire, mais j’ai aussi toujours bien aimé dessiner. Quand j’étais petite, je me voyais bien marcher dans les traces de Kroll. Maintenant encore, c’est un type que j’admire vachement, que je trouve super brillant. Il faut avoir un vrai esprit journalistique pour arriver à ingurgiter et régurgiter l’actualité sous une forme simplifiée, avec un commentaire.

Tu te considères comme quelqu’un de cultivé ?
Non, je me considère comme quelqu’un de curieux.

 

Mais est-ce que tu estimes qu’un bagage culturel est nécessaire pour pouvoir mener une bonne conversation ?
Je ne sais pas si c’est nécessaire, mais je trouve ça plus intéressant, forcément. J’aime bien m’entourer de gens qui sont cultivés, ne fut-ce que par plaisir conversationnel. J’aime le débat. Souvent sur Facebook, sur Twitter, je lance un truc, que je ne pense pas vraiment, simplement pour voir comment les autres réagissent…  Et j’observe ça comme on regarde avec une loupe des fourmis qui se battent entre elles.

C’est un peu condescendant !
(Elle rit.) Non, mais moi ça me nourrit ! Parfois quand je ne sais pas quoi penser de quelque chose, je lance un truc très définitif, sur Facebook ou Twitter, et je vois comment les gens s’en emparent. Au final, ça permet de réorienter ce que moi je pense.

 

« Une fille drôle n’est pas sexy. Et une fille pas sexy ne sert à rien ! »

 

On l’entend parfois : tu serais une fille arrogante…
(Silence) Non, je ne crois pas. C’est un personnage hein ! Non, j’ai un humour de type arrogant, mais je ne suis pas quelqu'un d’arrogant. Au contraire, je suis vachement timide et pas sûre de moi. Je ne fais aucun projet par moi-même, parce que j’ai toujours l’impression que c’est nul. 

 

Il faut venir te chercher.
Oui. Mais je crois que certaines personnes me croient arrogante parce que les chroniques avaient un ton un peu « professoral ». Et puis le chroniqueur a une vraie liberté : personne ne l’interrompt. Tu assènes ton truc, comme si c’était une vérité fondamentale.

 

Est-ce qu’on pardonne à une fille de faire de l’humour ?
(Silence) Je crois que les filles n’ont pas vraiment le droit d’être drôles. Enfin, elles sont rarement considérées comme drôles. Ou alors la drôlerie des filles ne les rend pas sexy. Et une fille pas sexy, pour la société, c’est une fille qui ne sert à rien. Mais moi on m’a toujours laissé faire… On m’a même beaucoup poussé en avant.

 

« Comment devenir Myriam Leroy nue gratuitement ? »

Et ça te gonfle ou ça t’amuse qu’on parle parfois plus de ton décolleté que de tes chroniques ou, pire, qu’on explique le succès de celles-ci par la vue en plongée de la webcam du studio sur ton 85D ?
(Elle rigole.) Ça m’amuse ! Ouais, peut-être y a-t-il des gens qui regardent pour le décolleté…  En même temps, sérieusement, ce n’est pas très provocateur comme décolleté ! En plus, vu le flou de la vidéo, fallait vraiment beaucoup se concentrer pour voir quelque chose…

 

Tu es au courant que dans les occurrences sur Google, on retrouve « Myriam Leroy nue » ?
Oui, oui ! (Elle se marre) Quelqu’un a même été voir quelles étaient les requêtes Google qui menaient le plus facilement vers le site de Focus et il y avait « Comment devenir Myriam Leroy nue gratuitement » !

 

« Gratuitement » !
Oui ! Il y avait aussi « Myriam Leroy nichons » et des machins comme ça. Enfin, il y a des gens qui tapent vraiment ça ? Non mais ça ne m’atteint absolument pas ce genre de trucs parce que je sais que j’en ai aussi suffisamment dans la caboche.

 

                                                                                                                      Pierre Scheurette@iPeople_


Retrouvez l’intégralité de l’interview sur Réparties Intimes

Les bobos : La révolution sans effort – Myriam LEROY, La renaissance du Livre. Illustré par Nicolas Vadot, préfacé par Olivier Monssens. Disponible en librairie depuis le 11 octobre 2012.

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