Maxime Chattam – L’homme vaut 5 millions de livres

Beau gosse et tête de gondole, la liste des best-sellers est son milieu naturel. La preuve avec Que ta volonté soit faite, gros succès de la saison. Portrait.

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Il a un regard séduisant. A la fois sombre et perçant avec un petit quelque chose d'inquiétant. Le tout est ponctué par cette petite cicatrice sur la joue gauche qui attire l'attention. "En général, je raconte que c'est un coup de couteau que j'ai pris en faisant des recherches, explique Maxime Chattam, propriétaire de ladite cicatrice. En réalité, c'est ce qui me reste d'une chute… Quand j'étais petit, je suis tombé sur un coin de table. Je m'en souviens très bien, c'était un dimanche." Il n'empêche, ça vous griffe un visage – et le sien reste énigmatique et troublant même s'il essaie de rassurer en se vantant d'être globalement le contraire de ce qu'il écrit.

Ce pan sombre et solitaire de sa personnalité ("je peux être ours"), il l'exprime dans des thrillers ténébreux et sanglants qui ont fait sa réputation. Une réputation qu'il remet en question avec Que ta volonté soit faite, roman sans excès de vitesse et à suspense lent centré autour d'un personnage d'une noirceur terrifiante, Jon Petersen, chef-d'œuvre de psychopathe.

"Ce qui m'intéresse chez les êtres, c'est ce qu'ils cachent , explique Chattam. Quand j'étais gamin, je me baladais dans les égouts, les catacombes, les souterrains; j'ai toujours été fasciné par ce qui est souterrain. On se construit autant dans la lumière que dans l'obscurité. C'est comme ça que j'ai commencé à faire du roman policier." Et ce garçon, fils de l'ex-directeur artistique de l'hebdo à sensation Ici Paris, qui a quitté l'école très tôt, s'engagera dans l'écriture du thriller avec une volonté de technicité qui rattrape les années à zoner de petit boulot en petit boulot.

Il a été vendeur au McDo, vendeur à la FNAC, vendeur de meubles, vendeur de CD, veilleur de nuit, colleur de timbres et même figurant dans Angélique, le spectacle de Robert Hossein. "J'ai fait de la criminologie, de la psychiatrie criminelle, poursuit-il,et puis à 23 ans, j'ai suivi les flics en immersion aux Etats-Unis, à New York et à Portland dans l'Oregon – ce qui n'était pas très difficile à faire, il suffisait d'obtenir les bonnes autorisations, même si ça a changé après le 11 septembre. Là-bas, je me suis vite retrouvé sur le terrain avec ces flics, qui m'ont fait signer une décharge qui les couvrait au cas où je me prenais une balle… Mais je me suis aussi vite retrouvé à faire des barbecues avec ces mecs qui ont fini par m'inviter au stand de tir."

De ces incursions en zones de danger, il a gardé le goût des enquêtes qu'il mène de son côté, en France et à l'étranger, pour nourrir ses livres. Une sorte d'aventurier de l'édition qui part souvent avec un ami garde du corps à l'armée et qui s'est parfois retrouvé en mauvaise posture, notamment au Liban. "Il y a quand même eu un coup de feu tiré à ça de mon oreille, pendant cinq secondes, j'ai cru que j'étais mort."

Pour trouver la tonalité de Que ta volonté soit faite, qui cite les grands auteurs américains, Chattam est resté pépère et a relu John Steinbeck, Cormac McCarthy, William Faulkner. Grosse ambition, tout de même… "Je ne me compare pas à ces écrivains-là, j'en suis très loin, mais je m'en suis abreuvé." Des références éloignées de ses goûts d'ado – "Tolkien, Le seigneur des anneaux, pas mal de fantasy, Stephen King dont j'ai tout bouffé, Lovecraft" – qui lui ont donné envie d'inventer ses propres histoires car, si l'on en croit l'un de ses profs de français, Madame Bouche, il avait une imagination débordante mais de grosses carences en syntaxe. "J'avais adoré au cinéma Stand By Meavec River Phoenix, et j'aurais adoré vivre cette histoire avec mes potes, et mon premier texte, à 14 ans, c'est une réécriture de la nouvelle de Stephen King qui a inspiré le film."

Quelques années plus tard, à 39 ans, il pèse plus 5 millions de livres (écoulés). A 26 ans, Maxime Drouot se rebaptise Maxime Chattam, fait paraître L'âme du mal et entre d'emblée dans ce cercle très fermé des meilleurs vendeurs français. "Je ne sais pas ce que ça fait d'être un auteur de best-sellers, dit-il. Quand je finis un bouquin, je le donne à mon éditeur, il me le rend avec ses remarques, je corrige, mais je suis déjà en train d'écrire le bouquin suivant. Je suis en circuit fermé, ce qui me poussait, avant, à écrire sept jours sur sept, à être célibataire ou pas heureux. Aujourd'hui, je suis plus discipliné, je me suis marié, j'ai fait un bébé, je n'écris plus le week-end, je prends des vacances, bref j'ai une vraie vie. Alors, le succès… A part gagner de l'argent, avoir une belle maison, je ne le vis pas trop, et comme ça marche, je ne suis pas angoissé."

Marié à l'animatrice télé Faustine Bollaert, Chattam sort de temps en temps de sa grotte – ce bureau où il s'enferme du lundi au vendredi en bon petit employé de la littérature de divertissement – et s'affiche dans les gradins de Roland-Garros ou aux premières de cinéma, ce qui ne suffit pas pour faire de lui un people dans le tourbillon de la fashion. "Moi, mon quotidien se résume à m'asseoir seul devant un ordinateur et il n'y a jamais personne pour me dire "Quoi, t'es le mec qui a écrit ça?". Moi, je suis peinard, je n'ai jamais vu un photographe intéressé par moi." Et dans ce bureau, qu'il faut bien considérer comme la succursale de l'antre du diable quand on voit ce qu'il en sort, il écrit en écoutant des musiques de films dont il collectionne les CD. "Je dois en avoir 600 sinon quand j'étais ado, j'étais très fan de métal, des trucs très hard, après je me suis calmé, même si j'écoute encore du métal – Marilyn Manson, Rammstein – mais je suis aussi passé à Archive et Elodie Frégé."

Le métal, les catacombes, Rammstein, les souterrains, Marilyn Manson… On commence à doucement comprendre l'attirance du garçon pour l'obscurité et les décors hardcore. Il ne manquerait plus qu'il nous sorte un tatouage et deux piercings et le mystère serait complètement levé. Mais ce sera le contraire. Ce sera deux tatouages et un piercing. "J'ai toujours bien aimé les trucs qui ne se voient pas, raconte-t-il en souriant. Moi-même, je me suis fait un tatouage quand j'avais 16 ans à l'aiguille et à l'encre de Chine sur le bras.

La suite dans le Moustique du 11 février 2015

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