Luc Tuymans au Bozar

C'est une première et un événement dont l'intérêt dépasse nos frontières. Pour preuve, le nombre de représentants de la presse internationale présents à Bozar lors de la conférence de presse d'inauguration.

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C’est une première et un événement dont l’intérêt dépasse nos frontières. Pour preuve, le nombre de représentants de la presse internationale présents à Bozar lors de la conférence de presse d’inauguration.

C’est que, après les Etats-Unis, Bruxelles est la seule étape européenne de cette expo longuement préparée par deux commissaires américaines. L’occasion unique de se plonger dans une œuvre présente dans les plus grandes collections publiques (MoMa et Guggenheim à New York, Tate Gallery à Londres, Centre Pompidou à Paris…), mais aussi de découvrir de nombreux tableaux prêtés par de grands collectionneurs privés qui ont adhéré très tôt au travail de l’artiste anversois.

Trente ans de peinture donc (de 1978 à 2008) se déploient en 70 tableaux dans les belles salles Victor Horta, dont la configuration aérée et les niveaux multiples participent à la réussite de cette mise en rétrospective.

A une époque du tout à l’abstrait, cet artiste, né en 1958 à Mortsel, près d’Anvers, a contribué au renouveau de la peinture dans les années 1990 par un style figuratif complexe. Car si le document, l’histoire, le passé et le présent sont au cœur des séries exposées à Bozar, force est de constater que derrière ces portraits de célébrités (Baudouin, Lumumba, Condoleezza Rice), derrière ces paysages déserts, ces maisons quelconques, cette fleur (Orchid), cet abat-jour, ce lapin (The Rabbit), ce drapeau flamand délavé (The Flag), le sous-texte est profondément violent, même si cette violence n’a rien de visuellement spectaculaire.

Si l’holocauste (Der Architekt), la colonisation (Mwana Kitoko), l’ère Bush, l’après-11 septembre, la maladie qui ronge les corps sont bien présents, les couleurs froides, laiteuses, floues rendent ces atrocités insaisissables, comme si la mémoire flanchait. Entre la réalité (Tuymans part toujours d’une imagerie préexistante, photo, plan fixe de film) et le tableau, l’interrogation et le malaise s’engouffrent donc. Le long du parcours, des textes aident (pas suffisamment?) le visiteur à décoder ce questionnement en définitive très politique, au sens le plus sainement provocateur du terme. – P.N.

> Jusqu’au 8/5. Bozar, rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles. Du ma. au di., de 10 à 18h. Je. de 10 à 21h. 10 € (réductions). 02/507.82.00. www.bozar.be. Catalogue: 39

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