Livre: Philip Roth – Le rabaissement

"Il avait perdu sa magie." C'est la première phrase du livre et, au fond, son seul rebondissement. Monstre sacré du théâtre, Simon Axler voit, à 63 ans, disparaître son exceptionnel talent.

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Pas la mémoire du texte, mais sa capacité à le rendre à la fois réel et plus grand que nature. Rabaissé par l'âge, il entre seul dans le dernier acte de sa comédie humaine. Comme tout condamné, il connaîtra une brève rémission, le temps d'une improbable résurrection auprès d'une jeune lesbienne.

Récemment, dans Un Homme (magnifique) et Exit le fantôme (plus contestable), Philip Roth a exploré la déchéance physique. Venant d'un écrivain de 78 ans qui décrit la vieillesse comme la trahison de toutes les parties de son corps, ces livres ont forcément un accent autobiographique. Le rabaissement aussi.

Roth, lui, a conservé sa magie. Mais il est hanté par la crainte de perdre cette dernière grandeur. Récemment, il disait espérer encore être capable de finir un long et grand roman, puis disparaître (sorti l'an passé en anglais, le court Nemesis doit encore être traduit). C'est cette intimité avec le sombre désespoir du Rabaissement qui rend son roman bouleversant et, par contraste, en fait aussi un hymne aux plaisirs.

Le rabaissement
Philip Roth
Gallimard, 122 p.

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