Livre: La pendue de Londres de Didier Decoin

A ma droite, le bourreau le plus expert d’Angleterre. Il s’est distingué pour son savoir-faire technique en matière de pendaison (personne ne calcule la longueur de la corde mieux que lui) et pour avoir mis à mort pas mal de petites mains ou dignitaires nazis au lendemain de la guerre. 

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A ma gauche, la belle la plus volontaire du Londres d’après-Blitzkrieg. Longtemps abusée par son père, elle vient de loin et tente de s’en sortir, la tête haute, et le charme en bandoulière.

Après avoir travaillé comme modèle dans un club pour photographes fétichistes, Ruth Ellis prend du grade, se lance dans la carrière de call-girl (pour rester poli), vit la vie d’enrôleuse, fréquente les bad boys de l’époque, rencontre un dentiste alcoolique et cogneur.

Le livre alterne la voix du bourreau et celle de la belle en un double portrait qui, hélas, finira par n’en faire qu’un. Les deux personnages seront amenés à se rencontrer au pied de la potence, Ruth Ellis étant entrée dans l’histoire juridique de son pays avec le titre de dernière femme exécutée au Royaume-Uni.

En un face-à-face délicat (un exploit pour un sujet qui traite de la peine de mort), Didier Decoin confronte la condamnée et le bourreau à l’instant décisif. Sachant qu’il a toujours rechigné à mettre à mort des femmes, surtout lorsqu’elles avaient la grâce de l’ange, notre professionnel du gibet parviendra-t-il à faire son métier comme il l’a toujours fait – proprement et sans état d’âme? Réponse dans ce roman – classique, mais éblouissant.

La pendue de Londres
Didier Decoin
Grasset, 334 p.

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