Lionel Duroy: Peut-on tout dire dans un livre?

Auteur de Échapper, le romancier construit son œuvre en y transférant des pans entiers de la vie de ses proches. À ses risques et périls.

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Pièce par pièce, Lionel Duroy construit le grand puzzle de sa vie. Livre par livre, il s'est constitué une base de lecteurs qui savent dans quelle cour il joue. Celle de l'autofiction, ce périmètre de l'intimité de l'auteur qui met en danger sa propre vie pour laisser s'échapper dans la nature des livres très personnels. Pour certains trop personnels. Si son dernier roman – Échapper – est un voyage sur les lieux d'un amour brisé, d'autres ont mis en scène des femmes passées dans sa vie (Vertiges), son fils (Colères) ou ses parents (Priez pour nous, Le Chagrin).

Un travail difficile pour ceux qui se reconnaissent entre les lignes, un travail exténuant pour le romancier qui pratique l'écriture comme il pratique le vélo parce que "c'est long et que c'est une question d'endurance". Ex-journaliste, nègre très recherché (il a écrit les mémoires de Sylvie Vartan, de Nana Mouskouri et récemment ceux de Gérard Depardieu), Lionel Duroy vit l'écriture comme une obligation brûlante, à la limite du masochisme. "Si je ne fais pas le livre dont j'ai rêvé, je vais peut-être ne pas m'en remettre, dit-il sans sourciller. Ça m'occupe jour et nuit. J'ai des migraines, je suis très tendu et je maigris." Des symptômes qui pourtant fracassent tout sur leur passage car, pour lui, l'écrivain a tous les droits.   

Le travail sur le réel et votre intimité, est-ce le grand projet de sa vie?

Lionel Duroy. – Le grand projet est d'inscrire mon histoire dans l'histoire. Dans tous mes livres, et plus particulièrement dans Le Chagrin (dans lequel il décrit les soubresauts chaotiques de sa famille – NDLR), j'inscris mon histoire et celle de ma famille totalement dans le siècle. Elle commence en 14-18, même si je suis né en 1949, parce que tout ce que je découvre de mes parents remonte à 14-18. Toutes mes histoires, toutes mes ruptures amoureuses, j'essaie de comprendre ce qu'elles recoupent dans la grande histoire et ce que ça me dit de la vie. Ceci dit, ce que j'écris ne sera jamais un journal intime, je déteste les journaux intimes.

Dans votre aventure littéraire, vous avez souvent été confronté à des incompréhensions et à des accidents. Certaines personnes de votre entourage n'ont pas compris pourquoi vous écriviez ce que vous écriviez et pourquoi vous révéliez des choses de la sphère privée.

L.D. – C'est un problème très compliqué, mais je réponds que j'en ai le droit et que je le ferai toujours. L'auteur américain Philip Roth dit: "Un écrivain qui vient au monde dans une famille, c'est la fin de cette famille." Si vous avez ce désir absolu d'être artiste et que vous sentez que votre vie en dépend, vous allez le faire, vous allez empoisonner votre entourage. Alors, oui, ça passe par des ruptures parce que vous ne pouvez pas céder. Et ça peut même aller jusqu'au procès.

Celui que votre fils, Raphaël, a intenté à votre éditeur après la publication de Colères, un roman dans lequel vous décrivez vos relations conflictuelles et son rapport aux drogues. Votre œuvre passe-t-elle avant votre fils?

L.D. – Cette histoire m'a évidemment touché. Mon fils demandait 25.000 euros et la destruction de mon livre, c'est extrêmement douloureux. C'est la dernière fois où je me suis mis à pleurer…

La suite de l'interview dans le Moustique du 5 février 2015

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