Les fastes du Sultan

Les splendeurs de l’Empire ottoman ont fasciné l’Occident de la Renaissance. A admirer au Palais des Beaux-Arts.

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"Où commence l’Orient et où s’arrête l’Occident?", se demande Elif Shafak, auteure turque de best-sellers (Bâtarde d’Istanbul, Soufi mon amour), dans le catalogue de l’expo L’empire du sultan, le monde ottoman dans l’art de la Renaissance. Pour s’immerger dans celle-ci, il faut en effet laisser au vestiaire quelques certitudes. Et faire un petit plongeon dans l’histoire. Le 29 mai 1453, la chute de Constantinople marque la fin de l’Empire byzantin et la victoire de l’Empire ottoman qui va s’étendre sur la Méditerranée, l’Europe centrale, la Russie. Non sans générer  de nombreux conflits et un puissant sentiment d’insécurité. Si l’Occident développe alors une image de l’Ottoman, du "Turc", souvent imprégnée de clichés, il déborde aussi d’admiration pour la culture, les sciences, le faste de la cour des sultans. En un mot, cet "autre" fait peur et fascine à la fois.

L’époque est alors au développement des voies commerciales, terrestres et maritimes. Les voyages diplomatiques deviennent, eux aussi, monnaie courante. L’imprimerie, les récits illustrés, les images, les vues de villes font en quelque sorte la pub de cette culture différente. Des tapis, des soieries envahissent les cours européennes. Et parallèlement, les sultans, comme Bajazet Ierou Mehmet II, aimeront "se faire tirer le portrait" par de grands artistes occidentaux, les Vénitiens Véronèse, Bellini, Titien, le flamand Pieter Coecke ou encore le grand Dürer. Le long d’un parcours rythmé en six thématiques et allant de 1429 à 1620 environ, 160 œuvres d’art et objets précieux (peintures, étoffes, manuscrits) issus des plus grands musées (National Gallery, Metropolitan, British Museum, Offices de Florence…) évoquent avec subtilité et dans une atmosphère intimiste comment cette fascination mutuelle a engendré des échanges culturels sans précédent entre l’Orient et l’Occident. Des détails parfois amusants frappent l’imagination. Il y a 500 ans par exemple, des voyageurs rapportent de Turquie des bulbes de tulipes, déclenchant en Occident une véritable tulipomania, avant que la fleur ne devienne l’emblème des Pays-Bas. Petites causes, grands effets…

Bref, une expo à la fois historique et artistique, et certes un peu pointue, mais qui, bien accompagnée (guide du visiteur, audioguide, visite guidée), fascine tout en réinterrogeant les rapports finalement très créatifs entre des cultures dans un premier temps fort éloignées l’une de l’autre. De quoi nous mettre aussi en appétit pour le prochain festival Europalia, consacré dès le mois d’octobre à la Turquie.

 

 

> L'EMPIRE DU SULTAN, jusqu'au 31/5. Palais des Beaux-Arts, Bruxelles. www.bozar.be

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