Kaiser Chiefs: « Nous voulons rendre jaloux Radiohead »

Le groupe britpop anglais révolutionne l'industrie musicale en inventant le "disque à la carte". Et en plus, les chansons sont bonnes.

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Ça s'appelle un coup de génie. Par la grâce de quelques singles sautillants (Ruby, I Predict A Riot, Everyday I Love You Less And Less) et de concerts tout en sueur, Kaiser Chiefs était considéré jusqu'à présent comme un digne représentant de la britpop sautillante. Son nom était synonyme de pogo nerveux et de pochtronnade à la pils lors de ses passages à répétition en festival. Mais avec son quatrième album "The Future Is Medieval", la formation de Leeds rentre carrément dans l'histoire de la musique populaire.

À la surprise générale, Kaiser Chiefs propose en effet sur son site Internet un disque à la carte, customisé et même rémunérateur pour celui qui l'achète. Le principe? L'internaute peut écouter des extraits de vingt nouvelles chansons. Moyennant le paiement forfaitaire de £ 7,50 (8,50 €), il peut en télécharger dix. Chaque titre est représenté par une vignette (un objet, un animal, un personnage…) et le groupe met aussi à la disposition des logos et des lettrines spéciales. Le fan crée ainsi sa propre version de "The Future Is Medieval" avec un tracklisting et une pochette uniques. Mais ce n'est pas tout, Kaiser Chiefs permet à chaque acheteur de revendre sa propre création de "The Future Is Medieval" et de gagner, pour chaque exemplaire, une livre sterling (1,13 €). Bref, si vous en vendez sept, vous avez récupéré votre mise. Tout le monde est gagnant: le groupe, la firme de disques qui touche sa commission et le Kaiserfan. 650 milliards de combinaisons différentes sont possibles sans compter la version officielle CD de "The Future Is Medieval" qui sort en magasin.

"L'idée est venue voici plus d'un an quand nous réfléchissions à la manière de sortir notre nouvel album,explique Ricky Wilson, chanteur des Kaiser Chiefs. Nous appartenons à la génération CD, mais on se rend compte que ce support est devenu obsolète. Alors que nous remplissons des salles de plus en plus grandes, chaque album que nous avons sorti s'est moins vendu que le précédent à cause du téléchargement illégal. Nous avons réfléchi à un concept commercial où tout le monde pouvait gagner quelque chose. À commencer par l'internaute qui y trouve de bonnes raisons de payer. En téléchargeant son propre exemplaire de "The Future Is Medieval", il ne choisit que les chansons qu'il aime, possède un objet unique et peut même récupérer un peu d'argent en le revendant."

Sachant que vous aviez cette idée d'un album à la carte, avez-vous changé votre manière de composer?
Ricky Wilson. – N'importe quel groupe rock vous dira que chaque fois qu'il compose, il essaie d'écrire la meilleure chanson du monde. C'est aussi notre cas, sauf que cette fois, nous n'avons pas dû réfléchir en termes d'album avec un début, une fin et des enchaînements entre chansons lentes et up-tempo.

La génération iTunes télécharge un morceau sur la base d'un extrait de quelques secondes. Ce n'est pas frustrant pour un artiste?
R.N. – Oui, ça peut l'être. Nous savons que certaines chansons de "The Future Is Medieval" ont ce côté immédiat qui va attirer l'attention de l'internaute. Mais il y a aussi des titres comme Child Of The Jago qui nécessitent une écoute répétée et approfondie. C'est l'un de mes préférés sur ce nouvel album, mais je ne pense pas que beaucoup de gens vont le sélectionner.

Kaiser Chiefs est un groupe dont on retient plus les singles que les albums. Avec "The Future Is Medieval", ça ne va pas s'arranger.
Simon Rix (batteur). – Je ne suis pas d'accord. Notre premier album "Employment" s'est écoulé à un million d'exemplaires et a marqué sa génération. Mais c'est vrai que le succès dévastateur de Ruby a quelque peu éclipsé les autres chansons de notre second album sur lequel il figurait. Nous restons fiers de notre parcours, c'est le principal.

Vous avez déposé un brevet pour votre idée de disque à la carte?
S.R. – Non, mais chaque jour que nous étions en studio, nous avons prié pour que personne ne la mette en pratique avant nous. On voulait rendre Radiohead jaloux de ne pas y avoir pensé avant nous.

Justement, quand Radiohead a proposé "In Rainbows" en 2007 en téléchargement libre, on a plus parlé du concept que de l'album en question.
R.N. – Nous ne sommes pas Radiohead. Avec "The Future Is Medieval", il y a eu deux phases. Quand on a lancé le concept de disque à la carte voici deux semaines, on a bénéficié d'un pub d'enfer. Un ami qui vit en Italie m'a appelé pour me dire que la RAI avait consacré un sujet sur nous au journal télévisé. Des programmateurs de festival veulent nous mettre plus haut dans leur affiche et revoient du coup notre cachet à la hausse. C'est cool, non? Mais aujourd'hui, on est dans la deuxième phase. Il y a un gros buzz sur Internet parce que ceux qui ont téléchargé nos chansons comparent entre eux les différentes sélections. Ils ne parlent que de musique et ça nous conforte dans l'idée que nous avons réussi notre coup.

Luc Lorfèvre

Le 3/7 à Werchter.

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