Jonathan Franzen: Mister big rentrée

Roman-cathédrale, roman choral, roman familial, Freedom va faire s'effondrer le système de défense des lecteurs tentés de s'y aventurer.

59927

L’Américain Jonathan Franzen, star de la rentrée littéraire. Une fois qu’on a dit ça, on a juste dit combien les médias ont massivement misé sur la parution de Freedom, roman-fleuve dont même Barack Obama a fait la promo en décrétant qu’il fut son livre de chevet.

Mais, au-delà de la performance marathonienne des 700 pages écoulées, on n’aura pas dit combien ce livre remue le ventre, bouscule l’esprit, chahute le cœur et interroge nos certitudes. Et Dieu sait si la trame de ce livre-événement est tout sauf événementielle. Si peu spectaculaire qu’elle ressemble à celle de n’importe quelle vie, et donc fatalement à la nôtre.

Freedom raconte, dans le moindre détail et avec lenteur, l’évolution de trois personnages qui se sont rencontrés à l’université vers la deuxième moitié des années 70 (ils écoutent Patti Smith) et qui, aujourd’hui, observent ce qu’il reste de leur désir de liberté. Ex-championne de basket universitaire, Patty a épousé le brave Walter, mais s’est toujours arrangée pour cacher qu’elle avait fait le mauvais choix. Patty était (et reste) amoureuse du meilleur ami de Walter, Richard, ancien chanteur d’un groupe punk dont l’aura, en queue de comète, traîne encore dans les milieux obsédés par le rock indépendant.

Avec, en contrepoint, le départ dans la vie des enfants de Walter et Patty qui remettent en question tout ce que leurs parents ont construit, le portrait de cette famille brasse près de quarante ans d’actualité. Le livre renvoie l’image de notre propre quête du bonheur et amplifie, de façon tonitruante, ces questionnements qui nous traversent silencieusement la tête lorsqu’elle est posée, la nuit, sur l’oreiller de l’insomnie.

A-t-on fait les bons choix? Est-il trop tard pour changer de cap? Aimons-nous vraiment ceux qui disent nous aimer? Entre individualisme maquillé et humanisme de façade, quelles sont nos aspirations? Qu’est-ce qui permet vraiment d’être libre? Il n’y a rien d’autre à dire de Freedom, si ce n’est que sa lecture constitue un tremblement de terre émotionnel qui peut perturber (il faut parfois s’éloigner du livre) et qu’il a cette faculté, comme Les Corrections, le livre précédent par lequel on a découvert Franzen, de faire parfois venir les larmes aux yeux.

Freedom
Jonathan Franzen
Editions de l’Olivier, 716 p.

Sur le même sujet
Plus d'actualité