Jeff Wall: The Crooked Path

À découvrir, le monde de ce photographe canadien dans l'une des grandes expos de l’été. Magnifique.

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Le choix du sous-titre de l’expo ne doit rien au hasard. The Crooked Path ("chemin tordu"), une photo du canadien Jeff Wall, révèle un sentier sinueux dans un terrain en friche, en bordure d’une zone industrielle. Et c’est bien cela qui se donne à voir à Bozar: le chemin unique et très personnel que cet artiste majeur, né en 1946, s’est frayé dans un monde du tout à l’image. Passionné dès son jeune âge par la peinture, Wall s’en écarte dans les années 60 au profit de la photo, non pour suivre l’exemple de la photo classique d’un géant comme Robert Frank, mais pour emprunter d’autres voies. The Destroyed Room, un des vingt-cinq grands caissons lumineux présentés ici, fait référence à La mort de Sardanapale de Delacroix. Ailleurs, des réfugiés déjeunant au bord d’une autoroute évoquent Manet. Dans Nightclub, on est carrément à la limite du cinéma.

Rien n’est pris sur le vif. Tout est scénarisé, mis en scène, joué, construit au millimètre près. Et pourtant, rien n’est plus vivant. Éternel réinventeur de son propre médium, tantôt conceptuel, voire minimaliste, tantôt (faussement) anecdotique, Wall présente aussi, à côté de ses fameux "lightboxes", une sélection d’œuvres qui ont nourri sa démarche. Avec Duchamp, Diane Arbus, Frank, Atget, Stella, Graham, Weegee, Flavin, Wallace, Claerbout… et des extraits de films (La maman et la putain de Jean Eustache, L’enfant des frères Dardenne…), cet artiste discret lève pudiquement le voile sur l’intimité de son processus créatif. C’est mystérieux, bouleversant et magnifique! – P.N.

> Jusqu’au 11/9, Bozar, rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles. 8€. 02/507.82.00. www.bozar.be

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