Jean-Paul Dubois – Le cas Sneijder: Bang en plein coeur

Un ascenseur qui se crashe et c'est une vie qui explose en plein vol. Bienvenue dans Le cas Sneijder, roman qui élève.

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Ce n’est pas parce qu’on est fan d’un auteur qu’il faut tout gober de lui. Ne pas tout gober de n’importe qui, c’est vrai, sauf de Jean-Paul Dubois qui, une fois encore, nous tire une balle en plein cœur. On pensait qu’il avait donné le maximum du meilleur de son écriture dans Une vie française qu’on peut sans problème considérer comme le « grand roman de sa vie », autant dire le climax de son œuvre entamée au milieu des années 80.

Mais Jean-Paul Dubois remet en jeu son titre d’écrivain de la douceur virile avec Le cas Sneijder et bat son propre record au chrono des sentiments. « Car ce jour-là j’ai vu des choses qu’un homme et un père ne devraient jamais voir », raconte Paul Sneijder au début de sa confession. Celle d’un homme de 60 ans qui, dans l’ascenseur en chute libre vers la mort, entrevoit les dernières secondes de bonheur et d’amour traverser le regard de sa fille. « Cela ne devait pas être, et cependant cela fut. » Il est arrivé à Paul Sneijder, Hollandais parlant français et résident du Québec, ce qui n’arrive jamais à personne… La cabine d’ascenseur dans laquelle il est monté au vingt-huitième étage d’un bâtiment avec sa fille adorée, Marie, s’est décroché et fracassé au sol, tuant tous ceux qui l’occupaient. Tous sauf lui.

En sortant du coma, Paul Sneijder reprend le cours de sa vie, écartant d’un geste sûr mais non agressif son épouse, Anna, executive woman qui n’a jamais accepté de voir ni de recevoir Marie, et ses deux fils, des jumeaux qui n’ont jamais accepté de rencontrer leur demi-sœur. Chérissant le souvenir de sa fille, renonçant à son travail, l’homme blessé tente de comprendre ce qui s’est passé.

Mais même sa subite passion pour la littérature spécialisée (il s’est abonné à Elevator World et s’intéresse de près à The Vertical Transportation Handbook) n’y fait rien. Il n’y a rien à comprendre et il n’y a plus rien à espérer de la confiance de ses semblables. A son tour, Paul Sneijder décroche. Jusqu’au jour où il postule pour un emploi de promeneur de chien… Dans ce récit d’un éloignement, Jean-Paul Dubois donne encore de la voix – la sienne. Douce, grave, mélancolique et, dans certaines intonations, drôle, Dubois demeurant l’un des écrivains champions dans l’art de faire sourire avec ce que l’on appelle communément « le malheur des autres ».

Il y a dans Le cas Sneijder cette façon de regarder un peu de haut la vie qui nous rabaisse, de se mesurer aux événements avec cette philosophie de survie selon laquelle la gravité des choses n’est jamais aussi pesante que la trace qu’elle en laisse dans notre cœur. Un livre silencieux mais explosif.

Le cas Sneijder
Jean-Paul Dubois
Editions de l’Olivier, 218 p.

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