J’ai lancé mon école

Monter son propre établissement scolaire en Communauté française, c’est possible. Ou plutôt, ce n’est pas impossible.

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Au lieu de s’évertuer à trouver un établissement de qualité pour ses enfants, pourquoi ne pas en créer un? C’est le pari un peu fou tenté par Anne-Bénédicte Bailleux, Bruxelloise, prof de français et mère de deux enfants. Un pari déjà gagné puisque cette rentrée scolaire sera la première de son école maternelle située à Etterbeek. Entre les autorisations, le financement ou le lieu pour héberger cet établissement, il s’en est pourtant fallu de peu pour que ce projet ne voie jamais le jour. Récit d'une enseignante déçue par l’enseignement. Déçue mais pas du tout résignée.

Qu’est-ce qui vous est passé par la tête?

Anne-Bénédicte Bailleux – Ce projet s’est construit sur un double constat. Celui d’une enseignante qui se retrouvait face à des élèves amorphes dont le seul objectif dans la vie était bien souvent de gagner beaucoup d’argent pour s’acheter une belle voiture. Celui d’une maman, ensuite, qui ne comprenait plus du tout l’enseignement proposé à ses enfants.

Par exemple?

A.-B. B. – Ma fille est un jour rentrée de l’école en me disant qu’elle ne voulait plus y aller parce c’était trop dur. Elle avait 5 ans. Ça a été un déclic. Dès l’école maternelle, on leur colle des évaluations et on leur met la pression. On s’adresse à ces enfants comme si le cerveau était la seule chose fonctionnelle chez eux et on leur impose des concepts abstraits à intégrer. On lui a ainsi demandé de faire une élocution sur le Portugal dont les thèmes – imposés – étaient l’architecture locale et la broderie de Madère! Alors qu’elle ne comprenait même pas encore le concept de "pays"…  

Pourquoi ne pas l’avoir inscrite dans une autre école?

A.-B. B. – Je l’aurais fait si je n’avais pas été enseignante. Mais j’ai décidé d’en faire un projet personnel.

Vous avez choisi une pédagogie alternative, du genre Steiner. Pourquoi?

A.-B. B. – Parce que dans cette pédagogie, on ne néglige plus le potentiel créatif et artistique de l’enfant, on le considère comme un être dans toutes ses dimensions, avec un corps et un esprit qui lui permettront de traverser les épreuves de la vie, de trouver sa voie et d’être heureux. Mais avant de créer une telle école, il fallait mesurer l’intérêt des autres parents. On a donc déposé 200 flyers expliquant le projet dans les boutiques du quartier. En moins de trois semaines, on avait déjà 40 familles.

Où avez-vous trouvé les fonds pour financer ce projet?

A.-B. B. – On a d’abord cherché un soutien financier auprès d’associations philanthropiques, mais elles préfèrent bien souvent aider les handicapés ou les enfants défavorisés. Alors à part quelques dons de fondations octroyés – soyons honnête – grâce à mes relations, on a dû emprunter le reste. Cela s’est fait auprès d’un organisme de crédit solidaire situé à Louvain-la-Neuve.

Cette école ne sera donc pas subventionnée?

A.-B. B. – Si, c’est bien le but. Mais pour cela, il faut se soumettre à de nombreuses règles dictées par la Communauté française. Comme le fait de ne pas s’implanter à moins de 2 km d’une autre école du même réseau, par exemple, ou avoir un minimum de 50 inscriptions dès la première année, 80 l’année suivante et 110 la troisième.  

Pas vraiment le cadre idéal pour votre projet d’école familiale…

A.-B. B. – Non! D’autant qu’il faut attendre trois années avant que la Communauté française n’octroie un poste de directeur. En gros, toute cette phase de démarrage doit se faire sans pilote dans l’avion. Créer notre école dans ces conditions était impossible, c'est pourquoi nous avons décidé de commencer sur le mode privé en fixant un plafond financier le plus bas possible. Le but n’est pas de proposer un enseignement élitiste, ce qui est d’ailleurs tout à fait contraire à cette pédagogie. 

A combien se monte le minerval?

A.-B. B. – Aujourd’hui, on demande 3.500 euros par année. Cela peut paraître exorbitant mais c’est nettement inférieur aux minervals des écoles privées. Là, on tourne entre 5.500 et 11.000 euros par an. Lorsque nous aurons les subsides, on espère diminuer les frais à 1.000 euros par année.

Impossible donc de couvrir tous les coûts avec les seuls subsides?

A.-B. B. – Malheureusement. Car ce modèle d’enseignement nécessite plus de professeurs, de matériel artistique, mais aussi des classes avec moins d’élèves. Ce qui veut aussi dire moins de subsides. Sans compter que la Communauté française ne prévoit pas de postes pour la plupart de nos profs d’art ou de musique.

Quel est le profil de vos enseignants?

A.-B. B. – Des profs qui viennent chez nous parce qu’ils sont déçus des autres pédagogies mais aussi une architecte ou une économiste qui ont découvert cette méthode et se retrouvent institutrices maternelles! Alors que nous ouvrons seulement notre première classe de gardienne, on a déjà les profs pour enseigner jusqu’à la deuxième primaire.

C’est votre ambition?

A.-B. B. – Oui! On entame cette première rentrée scolaire avec une classe de gardienne mais on en ouvrira une seconde dès janvier et une troisième l’année prochaine. Et on est plutôt optimistes, car nos trois premières classes affichent déjà complet.    

Finalement, est-ce facile de créer sa propre école?

A.-B. B. – Absolument pas. On n’a pas eu le moindre soutien de la part des autorités et on a rencontré de nombreux obstacles, dont le pire a été de trouver un lieu adéquat qui respecte les règles d’urbanisme. On a d’ailleurs eu un coup de bol monstrueux de tomber sur une ancienne école privée qui disposait déjà de toutes les autorisations. En conclusion, je dirais que sans une équipe ultra-déterminée et un solide concours de circonstances, on n’aurait jamais pu créer notre école.

 

 

 

www.ecolesteinerbruxelles.net

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