Gérard Depardieu « Je n’aurais pas dû naître »

La France, l’argent, Poutine, Hollande, son fils, son père, sa mère, la vie... Il publie Ça s’est fait comme ça et se confie en exclusivité.

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"Je voulais leur montrer comment était le grand-père. Et arrêter le n’importe quoi." C’est comme ça qu’il l’explique, Depardieu, ce livre dont la dernière page est adressée à ses petits-enfants. Pas vraiment, pourtant, un art d’être grand-père. Dans Ça s’est fait comme ça, ça défouraille sec: castagne, coup de gueule, bleus à l’âme, grands bonheurs, aussi, et dialogues avec ses fantômes, Maurice Pialat, Margertite Duras, sa «Margotton", Jean Carmet ou son fils Guillaume, "sans cesse au front". Au point de forcer le père à lancer, un jour à ses enfants:"Mais enfin merde, qu’est-ce que vous voulez à la fin? Changez de nom, bordel, si ça vous gêne!"

Il insiste bien: Ça s’est fait comme ça a été écrit en collaboration avec l’écrivain Lionel Duroy, dont il aime l’œuvre, tapissée de chagrins, ecchymosée de partout. Comme sa vie à lui. Un funambule: c’est l’image qu’on garde de lui dans ce livre, cisaillé en courts chapitres, intenses, où on l’entend tellement, la voix de Depardieu. Avec toutes ses contradictions, sa franchise et sa mauvaise foi, ses élans de grâce et ses pertes d’équilibre.

Dans Ça s’est fait comme ça, il dit beaucoup de choses. Poutine, les impôts, le fric, la France, son âme chinoise, son mantra emprunté à Handke, "dédaigne le malheur". Comment sa mère a voulu se débarrasser de lui, dans son ventre, avec des aiguilles à tricoter. Comment il l’a, ensuite, aidée à accoucher de deux autres mômes, avec sa bassine d’eau chaude, vas-y maman, pousse! Les petits trafics, la base américaine, comment il explosait les chaises à coups de poing chez Jean-Laurent Cochet, l’homme du Conservatoire, l’un de ses sauveurs, comment il ne s’aime tellement pas, comment il fallait boire jusqu’à s’étourdir pour ne plus entendre les bruits de son corps. Son hyperaudition, qu’il appelle son "autisme", soignée par un vieil Algérien érudit, puis par le docteur Tomatis, qui sonne comme Toutatis. Obélix? Tellement plus que ça. Rageur et mélancolique, vulgaire et céleste, poutinien et durassien, sincère et diable-ment joueur, écoutez-le plutôt.

Beaucoup de gens nous demandent de vos nouvelles. Or on apprend que vous êtes dans la Death Valley aux Etats-Unis. La vallée de la Mort… On leur dit quoi?

Gérard Depardieu – Tu leur dis que je vais impeccable, merci. Je suis à l’extérieur de tout ce merdier. Je ne vis pas là-bas.


La suite de l'interview de Gérard Depardieu dans le Moustique du 8 octobre 2014.

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