Galerie de portrait

Bozar nous propose une étonnante rencontre entre la photographie européenne du XXesiècle et la peinture de la Renaissance flamande.

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Notre monde, dominé par les médias sociaux, nous soumet tous les jours à un flux ininterrompu d'images et nous éprouvons toujours une réelle fascination pour la révélation de l'intime de l'autre. Le portrait se situe dans cette frontière, de plus en plus floue, entre privé et public et si au XXesiècle la photographie a démocratisé l'accès à la représentation visuelle de l'individu, il aura fallu attendre le XVIesiècle pour aborder des portraits autres que ceux des familles royales.

Faces Then, première partie de cette exposition aux Beaux-Arts, nous propose de découvrir l'évolution considérable de cette forme d'autocommémoration. Les visages qui ornent les cimaises appartiennent à des personnes ayant existé, mais ils ne sont pas célèbres: bourgeois, marchands… Ils ont été peints par des portraitistes qui ont contribué à faire d'Anvers, Bruges et Bruxelles des centres artistiques de renom. Ces œuvres sont fascinantes, tant par leur beauté que par leur incroyable réalisme. Les Joos van Cleeve ou Quentin Metsys disposent d'une maîtrise technique étonnante pour l'époque et l'on ne peut éviter de comparer leurs œuvres avec certaines photographies contemporaines. Au XVIesiècle, les artistes flamands aspirent à une représentation la plus fidèle possible à l'original et s'opposent à la vision idéalisée de la Renaissance italienne. La confrontation entre ces deux conceptions va ouvrir la voie à de multiples expériences et pousser les artistes à réfléchir sur la construction de l'identité à travers l'art du portrait.

La première salle de Faces Now nous plonge directement dans ce processus de construction avec la série Case History du photographe Boris Michaïlov qui, à travers de gigantesques portraits de sans-abri, nous dévoile la pauvreté en Ukraine à l'ère postcommuniste. Plus loin, Beat Streuli a saisi à leur insu des individus perdus dans la foule des grandes métropoles: Bruxelles, Manhattan, Cape Town… Tous se ressemblent et la question devient une évidence: l'anonyme est-il réellement un portrait? Les curateurs ont pris le parti d'exposer uniquement des séries photographiques et certaines apparaissent comme de véritables typologies: ainsi, l'étonnante série KIDS de Sergey Bratkov qui nous montre de très jeunes filles russes que leurs parents ont présentés à des agences de mannequins. Mais aussi les très troublants Portraits à la plage de Rineke Dijkstra avec une photo faisant irrémédiablement penser à La naissance de Vénus de Botticelli! Les rapports entre la peinture et la photographie restent très étroits comme le prouvent les immenses tirages de Thomas Ruff mais, surtout, le point d'orgue de l'exposition: un portrait posthume de Jan Hoet (fondateur et directeur du SMAK de Gand) réalisé par Stephan Vanfleteren. Une tradition ancienne de célébration de la mort que nos sociétés modernes ont totalement occultée et que le photographe flamand ressuscite pour cette splendide exposition.

 

> FACES THEN/FACES NOW, jusqu'au 17/5. Bozar, Bruxelles.

www.bozar.be

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