Frédéric Beigbeder: « Oui, je suis un snob indécrottable »

Tête à claques, gentil mondain, fils de bonne famille, clubber dévoyé, provocateur de salon, il est aussi un romancier très lu qui fait plus qu'amuser la galerie. Sa livraison de la rentrée: Oona et Salinger.

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Il agace. Il énerve. Il est considéré comme un garçon superficiel, ambassadeur looké de la jeunesse dorée parisienne qui aime parler de littérature, de vodka et de cocaïne, tout en ne sachant pas exactement ce qu'il s'envoie le plus. Certains le qualifient de connard qui lance des manifestes provocateurs, de la campagne présidentielle du communiste Robert Hue en 2002 à la récente pétition "Touche pas à ma pute". Et pourtant, ses livres cartonnent, font l'objet d'adaptations ciné (99 francs, L'amour dure trois ans), touchent (Windows On The World) ou remportant des prix (le Renaudot pour Une vie française).

Il est l'une des vedettes de cette rentrée avec Oona et Salinger, l'histoire d'amour, à peine consommée mais parfaitement reconstituée, entre le jeune auteur américain JD Salinger (lire encadré) et Oona O'Neill qui, après la Seconde Guerre mondiale, lui préférera Charlie Chaplin, déjà vétéran de Hollywood. Deux fois divorcé, fêtard légèrement rangé des voitures, récemment remarié à Lara Micheli, étudiante en histoire dont il relate la rencontre à la fin de Oona et Salinger, père d'une fille dont il est dingue et qu'il a peur de voir ravie un jour ou l'autre par un autre ("Il faut arrêter de dire fille. Elle a 15 ans, il faut dire femme"), Frédéric Beigbeder est "inquiet" quand démarre notre conversation. 

Dans quel état d’esprit êtes-vous au moment où paraît Oona et Salinger?

Frédéric Beigbeder – Je me sens inquiet et ému comme une vierge effarouchée. L’âge ne change rien à l’angoisse, l’expérience nous apprend que publier un livre est l’une des choses les plus douloureuses, surtout quand on change de registre puisque j’ai essayé, avec ce livre, de faire quelque chose que je n’avais pas encore fait avant. Donc oui, j’ai un peu peur que les gens soient désarçonnés…

Effectivement, ils risquent d’être déroutés par cette histoire d’amour entre JD Salinger et Oona O’Neill, moins grand public que ceux de Windows On The World ou Un roman français

F.B. – Je suis désolé de dire ça, mais le lecteur passe après moi; sinon, je m’emmerde en écrivant. Je ne pense absolument pas au public. Dans l’écriture d’un livre, je pense très égoïstement à moi. Mais pour raconter cette histoire, je me suis plié à un gros travail de recherche sur ces années – de 1930 à 1945 – durant lesquelles il s’est passé deux ou trois petites choses dans le monde.

Est-ce un roman que vous portez en vous depuis longtemps?

F.B. – C’est bizarre que vous me demandiez ça parce que oui, c’est un livre que j’ai proposé à mon éditeur il y a une dizaine d’années… Quand j’ai découvert cet amour de jeunesse de Salinger pour Oona, la jeune fille qui allait épouser Charlie Chaplin, ça me paraissait être un joli triangle avec des personnages fascinants. Sans oublier que lorsque j’ai vu pour la première fois la photo de Oona, j’en suis tombé amoureux… Le fait qu’elle soit la fille d’Eugene O’Neill (grand dramaturge américain et prix Nobel de littérature), que son meilleur ami soit Truman Capote, qu’elle ait connu tout le monde à Hollywood rend cette histoire glamour, voire féerique. Le tout sur fond de tragédie et de massacres puisque tout ça se déroule durant la Seconde Guerre mondiale.

Quand avez-vous décidé de vous lancer dans cette histoire?

F.B. – Quand j’ai vu que personne ne l’avait encore fait. J’ai cherché partout pour voir si quelqu’un avait déjà écrit un roman sur le sujet et non… Et là, c’est devenu très tentant. C’était le moment aussi où j’avais peut-être envie de sortir de mes atermoiements amoureux personnels et donc j’y suis allé. Ça m’a pris quatre ans.

Sortir de vos atermoiements personnels… Vous en êtes arrivé, comme vos détracteurs, à ne plus vous supporter?

F.B. – (Rire) J’adore parler de moi à la première personne et j’estime que ma vie est passionnante, mais j’ai eu l’impression d’en avoir un peu fait le tour. J’avais envie de m’éloigner de mon nombril, mais bon… ça ne veut pas dire que je n’y reviendrai pas.

Il n’empêche, vous ne pouvez pas vous empêcher de quand même parler de vous… On va vous le reprocher…

Pour l'intégralité de l'interview, rendez-vous ce 3 septembre en librairie!

Qui est Salinger?

Né en 1919 à New York, JD Salinger a construit sa légende sur un seul roman, L'attrape-cœur, et sur sa volonté de ne pas apparaître dans les médias. Publié en 1951, l'ouvrage  retrace la virée d'un jeune garçon, Holden Caulfield, renvoyé de son école, aux prises avec le dédale de la Grosse Pomme, vue comme le terrain de tous les possibles. Ce classique s'est vendu à plus de 60 millions d'exemplaires et est considéré comme l'un des textes les plus importants de la culture teen-ager. Auteur culte, Salinger est aussi célèbre pour ses nouvelles dont les titres des recueils – Un jour rêvé pour le poisson banane ou Hissez haut la poutre maîtresse, charpentier – sont déjà une aventure. En 2007, Frédéric Beigbeder réalise un documentaire sur l'écrivain fantôme qui le mène jusqu'à sa maison du New Hampshire où il a vécu en reclus jusqu'à sa mort en janvier 2010.   

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