Festival des libertés. Tous des grenouilles?

On pourrait croire qu’un Festival des libertés serait plus utile ailleurs que chez nous. Ce serait oublier que toute liberté est fragile. Et qu’il faut indéfiniment le rappeler.

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Une autre question pourrait tourner autour de l’utilité, voire de la pertinence d’un festival culturel et artistique. Quel poids dans ce combat pour les libertés peuvent avoir une pièce de théâtre, un film ou une chanson? Si l’on sait que les artistes sont plutôt là pour poser des questions, il convient de leur reconnaître aussi la capacité de nous ouvrir les yeux. Sur notre engagement. Notre responsabilité. Notre obéissance aux systèmes.

L’obéissance et la désobéissance ont d’ailleurs été choisies comme thématique de cette édition 2014 du Festival des libertés. Pour qu’une société évolue, pour que les inégalités cessent, pour que des principes de solidarité puissent se développer dans un contexte qui privilégie plutôt l’individualisme et le repli sur soi, il ne faut pas forcément faire la révolution. Ou alors une révolution douce. Par la désobéissance. Mieux vivre ensemble est parfois à ce prix.

Chanteurs, comédiens, cinéastes viendront illustrer la thématique, chacun à sa manière. Côté musique, un hommage sera rendu par le festival à Fela Kuti. Le trio de jazz Aka Moon (photo) aura droit à une carte blanche lui permettant d’inviter quelques pointures comme le guitariste américain David Gilmore (à ne pas confondre avec David Gilmour de Pink Floyd) ou Baba Sissoko. On pourra aussi applaudir Arno (photo), Groundation, l'énigmatique MF Doom et le projet de Bertrand Cantat, Détroit.

Le théâtre ne sera pas en reste avec des grands noms comme le Belge Fabrice Murgia avec sa dernière création Notre peur de n’être ou le Français Joël Pommerat dont on pourra voir ou revoir l’excellent Cet enfant (photo).

Mais ce qui fait aussi la richesse de ce festival, c’est sa compétition internationale de documentaires. Plus de trente films sont projetés et abordent des thématiques aussi bien politiques que sociales. La mondialisation, le rôle des réseaux sociaux dans la révolution syrienne, ou l’ambiguïté du travail des ONG en Haïti sont autant de sujets abordés par ces films venant des quatre coins du globe. Notre pays y est représenté entre autres par le film La nef des fous d’Eric d’Agostino et Patrick Lemy qui ont plongé leur caméra dans l’annexe psychiatrique de la prison de Forest.

Enfin, le Festival des libertés ne serait pas complet sans ses débats. Une quinzaine de rencontres sont programmées avec de nombreux invités, notamment Ben Wizner qui n’est autre que l’avocat d’Edward Snowden et qui participe à un débat intitulé "Un abri pour les vigies". Si on plonge une grenouille dans de l’eau bouillante, elle va tout faire pour y échapper. Si on la plonge dans de l’eau que l’on chauffe progressivement, elle s’endormira avant de mourir. Le Festival des libertés nous aide à ne pas tous devenir des grenouilles!

> FESTIVAL DES LIBERTES, du 16 au 25/10. Théâtre National et KVS. www.festivaldeslibertes.be

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