Expo: Weegee: Murder is My Business

Rétrospective consacrée à Weegee, star de la presse de caniveau des années 30-40 et maître de la photo de fait divers. A voir.

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"Les meurtres et les incendies, a dit un jour Arthur Fellig (1899-1968) alias Weegee,  c’est ce que je vends le mieux. C’est là-dessus que je fais mon beurre." Dans le New York de l’entre-deux-guerres, des macchabées, Weegee en a photographié par centaines.

A cette époque la Grosse Pomme ressemble comme deux gouttes de bourbon à un polar de Dashiell Hammett. Weegee utilise son flash explosif – et sa radio courtes ondes planquée dans le coffre de sa voiture (il est un des premiers à utiliser cette technique) qui le relie au Q.G. de la police – pour jeter une lumière crue sur l’envers du décor du rêve américain.

Il remplit les colonnes des faits divers avec des accidents de voiture, des suicides ratés et des voyous transformés en passoires. Pourtant, les images du père fondateur du journalisme à sensation racontent plus que le sordide apparent de ses sujets. Dans les photos de Weegee, les vivants ne sont jamais très loin des morts et leur entrée dans le cadre sert au photographe de contrepoint ironique (et parfois glaçant)  à l’histoire qu’il entend nous raconter.

Si Weegee est un as de la composition (pour ce faire, il n’hésite pas à bouger les cadavres), c’est surtout un merveilleux fabuliste de la comédie humaine. Meurtre à Little Italy sur Mulberry Street: un gangster s’est fait descendre devant l’entrée d’un restaurant et Weegee cadre avec le mot anglais rest qui signifie "repos éternel". Sur le cliché Leur premier meurtre, on ne voit pas le cadavre mais seuls les visages de la foule qui s’amasse autour du corps où se mêlent les parents en pleurs de la victime et enfants débonnaires et curieux. Car Weegee est fasciné par notre propre fascination pour le sordide et la violence.  

De son enfance pauvre d’immigré juif passée dans les rues du Lower East Side, il a gardé un fort sentiment de solidarité pour les sans-grades, marginaux, clochards ou travestis pourchassés par la police et que la Grande Crise frappe de plein fouet. Un regard et une esthétique qui vont influencer une génération de photographes dont Diane Arbus, Warhol et  Stanley Kubrick qui fera appel à Weegee comme directeur de la photo sur Docteur Folamour.

Dans un décor graphique où les murs sont habillés de grands lettrages façon tabloïds, l’exposition du FoMu présente plus de 100 tirages vintage, des journaux originaux, des extraits de films et des vues de l’exposition PL de 1941. Une plongée dans notre part d’ombre.

Weegee: Murder is My Business, jusqu’au 27/1/2013. Foto Museum, Waalsekaai 47, 2000 Anvers. Du mardi au dimanche, de 10 à 18 h. www.fotomuseum.be

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