EXPO: Photos d’art d’identité

On conseille la belle et très originale expo sur l'esthétique du photomaton. Souriez, vous êtes une œuvre d'art.

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Quelques stars se sont approchées du photomaton et lui ont vite tourné le dos. Il s’agissait d’un détour anecdotique qui a pourtant donné de très belles choses. Il y a donc dans cette expo quelques œuvres tombées d’on ne sait où mais extrêmement frappantes. C’est le cas de ce Bobby Short d’Andy Warhol, réalisé en 1963 et inspiré d’un photomaton. Mais aussi cette magnifique image agrandie de Cindy Sherman qui transforme la simple photo d’identité en noir et blanc en portrait glamour et mystérieux. Sorte de point de chute pour œuvres administratives mais aussi lieu de rendez-vous pour andouilles en goguette prêtes à se faire tirer le portrait au beau milieu d’un festival de grimaces, la machine à faire des photos instantanées a évidemment tapé dans l’œil des artistes. Le potentiel ludique du photomaton n’échappe pas aux plus zozos de la bande – Yves Tanguy, Topor, ici représentés – ni aux fous qui en explorent des possibilités que personne ne soupçonnait.

Dans les années 70, Franco Vaccari nourrit de grandes ambitions sur la portée esthétique et la valeur émotionnelle du photomaton. Gonflé par un certain amour du prochain, l’Italien demande aux visiteurs de son "Exposition en temps réel" de laisser une trace en passant au photomatic mis à leur disposition. Le résultat? Une saisissante immense fresque de visages (photo) composée à partir de ces bandelettes mondialement connues pour leur format standard: quatre poses pour trois francs six sous. On verra aussi que le photomaton n’a pas servi à immportaliser que des têtes de banlieusards fatigués de leur journée ou de tristes exilés rêvant de passeports mais aussi des objets – des piles d’assiettes (renversant) ou, plus conceptuel, le rideau de la cabine à photomaton. Pointue, mais franchement accessible, l’expo du Bota montre combien l’esthétique du quotidien a contaminé l’art contemporain jusqu’à transformer un procédé mécanique des plus banals en un remarquable outil de création.

DERRIERE LE RIDEAU, jusqu’au 19/8. Botanique, rue Royale 236, 1000 Bruxelles. Du mercredi au dimanche, de 12 à 20 h. Entrée: 6,50 €. 02/218.37.32. www.botanique.be

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