Expo: Jens Olof Lasthein photographie Charleroi

Pour Jens Olof Lasthein, Charleroi, c’est Samir et Ali, frimant en bagnole sur le boulevard Tirou, toutes vitres baissées.

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C’est, près de la rue du Grand Central aujourd’hui en décrépitude, la rencontre improbable d’un motard casqué, d’un vieux beau en cabriolet et d’une môme fumant sa clope sur le trottoir. Charleroi, c’est aussi un dur à cuire se mesurant à son molosse dans un terrain vague détrempé.

Ou la chevelure flamboyante d’une môme au bord de la Sambre et encore un châssis à molettes qui ne sert plus que de décor à des joueurs de foot.

En une quarantaine de photos, Lasthein nous livre des scènes de la vie de tous les jours dans la cité carolorégienne. Des photos fortes, teintées de tristesse, captées au détour d’une rue, dans un salon de coiffure, dans un bistrot, saisissant parfois, malgré tout, un sourire furtif ou l’espièglerie d’un enfant. Ces images racontent une histoire, celle d’une ville fracassée par le déclin industriel et la misère sociale. Une ville qui a pourtant séduit Lasthein.

C’était il y a trois ans. Il était venu présenter au Musée de la Photo son exposition White Sea, Black Sea qui évoquait des cités et des banlieues de l’Est, elles aussi en pleine débâcle, Odessa, Arkhangelsk, Minsk. "Mais à Charleroi, j’avais tout de suite senti autre chose, un esprit spécial, chaud, tolérant. Les gens, des Belges, des Marocains, des Italiens, des Turcs, des Polonais, des Espagnols s’y mélangent bien. Cela vient sans doute de l’époque où ils avaient l’habitude de travailler ensemble", explique-t-il. Invité par Xavier Canonne, le directeur du Musée de la Photo, à revenir à Charleroi pour photographier cette ville en pleine mutation, comme l’avaient fait avant lui le Français Bernard Plossu et l’Américain Dave Anderson, Lasthein, guidé par son instinct et piéton convaincu, a marché à la rencontre des gens, des gens simples, d’abord étonnés de cet étrange intérêt, puis lui ouvrant leurs portes, partageant avec lui un café, une bière, une confidence.

Résultat: des photos graves, vraies, sans concession, toujours respectueuses. Et sublimées par l’utilisation du panoramique, éclairées et composées comme des tableaux pour former en finale comme un récit ou un film. Un film qui ne laissera personne indifférent.

Jens Olof Lasthein photographie Charleroi, jusqu’au 22/9 de 10 à 18 h. Fermé lundi. Charleroi, Musée de la Photographie, avenue Paul Pastur 11, 6032 Charleroi. 071/43.58.10. www.museephoto.be

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