Expo: Gérard Manset accroché

A voir, l’expo saisissante d’un musicien qu’on ne savait pas si bon peintre. Conversation.

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De Gérard Manset, on connaît très bien les disques, moins bien les romans, et pas du tout les toiles. Cette très belle première expo bruxelloise remet les choses à niveau.

A travers un vaste ensemble de dessins, d’huiles et de photos retouchées, elle laisse éclater une facette peu connue de son travail qu’il faut pourtant regarder comme une illustration de son répertoire.

"Oui, c’est ça, dit-il. C’est une manière d’illustrer. C’est un autre domaine, inattendu, pour ceux qui ne l’ont jamais vu et qui, à l’arrivée, est tout à fait homogène. C’est comme si je dessinais quand je fais de la musique et comme si je faisais de la musique quand je dessine." De là à vouloir exposer, il y a un goût qu’on appelle celui du risque. Il y avait une envie. "Oui et non, répond Manset. Oui, car quand on imagine qu’un travail est abouti, on a envie d’en faire profiter. Non, tant que ça ne correspond pas à quelque chose d’abouti et qui vient s’ajouter à quelque chose de très dense dans d’autres secteurs."

Même si on l’oublie, avant d’être musicien, l’auteur de Entrez dans le rêve a fait des études d’art. Le dessin a été là, puis est parti et est revenu. "Ça ne m’a jamais quitté, mais c’est quand même parti et revenu, dit-il. C’est une chose qu’il est très difficile de ne pas faire complètement. La musique, on peut prendre une guitare, faire un titre… Un roman, on peut le mettre en stand-by, mais la peinture, non. On est obligé d’entrer dans le truc pendant des années. Ce n’est pas une chose dont on ressort en deux minutes, il y a une langue qu’il faut se remettre à parler. Comme en littérature, en peinture, je me sens relié à mes ancêtres. Ce qui n’est pas le cas en musique. Quand Lennon et McCartney font une chanson, aussi sublime soit-elle, il n’y a pas de filiation avec le passé. La peinture, quelle que soit son niveau, on a ces instants de transmission qui font qu’à un moment on est Poussin ou Corot."

On trouve dans l’expo beaucoup de portraits, des mixages de couleurs fauves, mais aussi de "simples" crayonnés qui sont la base de la maîtrise technique de l’artiste. Mais on ne voit pas d’autoportraits. "J’en ai, mais je ne les ai pas mis, dit-il. Il ne faut pas tout mélanger."

Quant à l’exécution des œuvres, Manset raconte qu’elle se fait en silence: "Non, je n’écoute pas de musique en peignant. Je n’écoute pratiquement jamais de musique, c’est rarissime. J’ai toujours des trucs dans la tête".

La radio? "Jamais, s’exclame-t-il. Je la fais même couper partout où je passe. C’est comme une agression. On nous met des endroits sans fumeurs, j’attend qu’on nous mette des endroits sans musique. A l’hôtel, ce matin, au petit-déjeuner, on entendait Chopin. Je n’ai pas pu. J’avais toujours pensé que la musique classique, en musique de fond, ça pouvait être apaisant, alors que non, je ne peux même pas me beurrer un toast avec Chopin."

Heureusement, s’il ne veut plus écouter de musique, Manset veut encore bien en faire. "J’ai signé avec Warner pour quatre albums dont un bientôt. Quand? Je ne sais pas. Mieux on en dit, mieux on se porte."

Jusqu’au 4/11. Galerie Petits Papiers, place du Grand Sablon, rue Bodenbroek 8A, 1000 Bruxelles. Du mercredi au dimanche, de 11 h à 18h30. Gratuit. 02/893.90.30. www.petitspapiers.be

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