Expo: Europunk is not dead

Au BPS22 de Charleroi, Europunk, galerie de souvenirs et itinéraire dans l'esthétique hardcore des enfants de la fin des années 70.

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L’affiche de Jamie Reid – le visage d’Elizabeth II barré par les mots "God save the queen" – prête à sourire. Moins à se scandaliser. Mais nous sommes en 2011. L’image date de 1977 et elle est utilisée pour illustrer la pochette d’un single des Sex Pistols, icônes du mouvement punk anglais. Et en 1977, dans un royaume bien-pensant qui rêve encore à son empire et commence à compter ses chômeurs, cette affiche est alors une provocation ultime. Tout le talent de l’exposition Europunk, créée par la Villa Médicis et installée pour trois mois au BPS22 de Charleroi, est justement de replacer dans leur contexte social et politique les œuvres qu’elle présente – affiches, pochettes, vêtements… Elle trace, par exemple, un parallèle interpellant entre la publication, à l’époque, de fanzines et l’utilisation, aujourd’hui, des réseaux sociaux. Selon Europunk, le but des deux médias est le même: communiquer avec sa communauté. Ce qui s’agite aujourd’hui grâce au foisonnement numérique, on le trouve déjà, dans les années 70, dans cet immense bricolage où l’info circule grâce aux photocopies bon marché, vite agrafées, et parfois simplement griffonnées…

L’essentiel? Que le message passe. Et vite, quitte à être brutal – ce qui, dans la philosophie de l’instant punk, est encore mieux. Les interventions pirates du collectif graphique français Bazooka dans les pages du quotidien Libération étaient, à ce titre, très évocatrices de l’urgence et de la puissance de l’école du "No future". Ses membres n’hésitaient pas à caviarder certains paragraphes dans les articles… Le même sentiment de liberté, de révolte, de provocation traverse l’expo et les 500 objets exposés forment un panorama impressionnant de la culture visuelle punk. Et si plus rien ne nous choque vraiment (les enfants entrant ici sont toutefois explicitement placés sous la responsabilité de leurs parents), l’expo rappelle que c’est, entre autres, grâce à cette désacralisation de l’image initiée par l’esthétique punk. La boucle est bouclée.

> Jusqu’au 22/1. BPS22, bd Solvay 22, 6000 Charleroi. Du mercredi au dimanche de 12 à 18 h. 3 € (réductions). 071/27.29.71. http://bps22.hainaut.be

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