Expo: Dans l’antre de Francis Bacon à Bozar

Rencontre avec l’immense artiste dans le chaos de son atelier au cœur d’une expo sur l’art contemporain irlandais. Bouleversant.

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Surprise, quand on franchit le panneau rouge s’ouvrant à Bozar sur L’atelier de Francis Bacon, on ne se trouve pas dans une vraie reconstitution de l’atelier occupé par l’artiste à Londres de 1961 jusqu’à sa mort en 1992.

Une petite pièce où il ne recevait que de rares intimes et conçut avec ses tripes et souvent avec rage des tableaux, tel La Crucifixion, parmi les plus intransigeants, les plus angoissés et les plus emblématiques du vingtième siècle. Transféré après sa mort à la City Gallery The Hugh Lane à Dublin, où Bacon vécut ses seize premières années, cet atelier s’y dévoile aujourd’hui au public comme un prodigieux capharnaum. Evidemment, c’est intransportable tel quel.

Pourtant à Bozar, en 80 documents et quatre tableaux, on en prend bien la mesure. Des photos grands formats de Perry Ogden révèlent des pinceaux trempés dans des boîtes de Butter Beans, des murs barbouillés de couleurs, un sol où l’on ne sait où mettre les pieds. Un foutoir magnifique? Pas seulement. Si on explore cette fois les vitrines de l’expo, débordantes de trésors prêtés par Dublin, on découvre les photos de ses amants, de ses amis (le peintre Lucian Freud), des clichés de John Deakin photographe pour Vogue, Peter Beard et ses photos d’animaux sauvages, d’autres images de cadavres, de maladies de la peau, documents, maculés, manipulés et remanipulés. Velazquez y cohabite avec Michel-Ange et Joseph Conrad, ou encore Picasso, James Joyce. Aux murs de la salle, courent aussi des images du photographe  Ed.Muybridge (1830-1904). Un homme en mouvement s’y démultiplie.

Le corps, encore. Et enfin, tout au bout de cet “atelier”, en apothéose, quatre tableaux de Bacon, inachevés, dont son émouvant autoportrait, retrouvé sur son chevalet après sa mort. Que reste-t-il de cette incursion dans l’intimité de l’artiste? La profonde conviction d’avoir côtoyé de près ce qui nourrissait et hantait ce peintre dont les corps et les visages tordus ont exprimé avec tant de beauté tout le ”cri” angoissé de l’être humain engoncé dans sa solitude.

On ne quitte pas l’expo sans avoir découvert toute la vitalité et l’interculturalité de l’art contemporain irlandais.  Avec de Bryan Maguire, Alan Phelan, Niamh Mc Cann, Dorothy Gross et les autres. A noter qu’il est possible de consulter sur place une base de données interactives avec pas moins de 7.500 documents, dessins, œuvres catalogués pour l’occasion. Réalisé par Adam Lowe et nominé aux Emmy Awards 2005, le documentaire Bacon’s Arena (95′) est également diffusé.

Jusqu’au 19/05. Changing States, Palais des Beaux-Arts, rue Ravenstein 23, 1000 Bxl. 10h-18. Jeudi > 21h. Fermé lun.
www.bozar.be

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