Expo: Constant Permeke, la mer, la terre, la femme

Soixante ans après la mort du peintre belge, Bozar rassemble 130 tableaux, dessins et sculptures. Géant.

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La vie rude des marins, des pêcheurs et des paysans, la maternité, la famille, tout chez Permeke tourne en fait autour de trois thématiques plus larges: la mer, la terre, la femme. Dès l’entrée de cette rétro présentée à Bozar, le commissaire Willy Van den Bussche (conservateur en chef honoraire du Musée d’Art moderne à Ostende, l’actuel Mu.ZEE, et du Musée Constant Permeke à Jabbeke), fait se répondre La grande marine peinte par l’artiste pour l’exposition universelle de 1935, et le fusain Niobé.

D’un côté, une mer, une masse d’eau qui ondule dans les ocres et les bruns. De l’autre, cette femme nue, Niobé, couchée dans une position ondulatoire. "Il comparait la forme des femmes avec la mer. Avec le mouvement des vagues" précise Van den Bussche.

C’est en effet par la forme et la ligne que Permeke, né en 1886 à Anvers, mais dont Ostende deviendra le point d’ancrage, exprimera toujours son vif intérêt pour l’humain. S’il devient avec Gus De Smet et Frits Van den Berghe l’un des plus éminents représentants de l’expressionnisme flamand, mouvement qui se développe peu avant la Première Guerre mondiale, jamais il ne s’enferme dans une "école", ni dans quoi que ce soit.

Qu’il travaille à Ostende, à Londres, à Laethem-Saint-Martin, à Jabbeke, il reste un peintre instinctif, libre. On le ressent vite en parcourant l’expo, où défilent la silhouette massive d’un Porteur d’eau, des paysans aux larges mains partageant Le pain noir, et encore ces Mangeurs de hareng, et aussi ce couple monumental de Fiancés solidement accrochés l’un à l’autre et puis ces Buveurs de Café ou cette Léonie (affiche de l’expo) aux formes carrées.

D’emblée, on comprend, et avec quelle émotion, que Permeke, même s’il ne cesse d’observer les "petites gens" de chez lui, n’est pas un artiste de "terroir". "Il savait très bien,précise Willy Van den Bussche, se mettre dans la peau des personnages qu’il peignait, mais ensuite, il prenait ses distances et se concentrait sur la forme."

Des contours carrés, des couleurs terre ou au contraire renforcées de touches de lumière, parfois même de jaune franc comme dans ce Cabriolet. Et puis ces nus qui soulignent la sensualité du corps féminin non au sens érotique mais comme symbole de fertilité. Clairement, avec Permeke on est dans l’universel, dans une intimité qui dépasse l’anecdote et nous bouleverse. L’anticonformisme de Permeke n’a pas toujours plu. Son travail a notamment été qualifié d’art dégénéré par l’occupant nazi.

Le Palais des Beaux-Arts l’a exposé, lui, depuis 1933. Mais depuis 1986, plus jamais l’ensemble de son œuvre n’avait été ainsi rassemblé. C’est exceptionnel et tout à fait en lien avec notre temps. Ce n’est pas par hasard que Van den Bussche a convoqué dans l’expo deux artistes contemporains, Marlene Dumas, la peintre sud-africaine de nus provocateurs et Thierry De Cordier, le peintre belge de paysages très sombres. Il y a en eux quelque chose… de Permeke.

> JUSQU’AU 29/1/2013. Palais des Beaux-Arts, rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles. Du mardi au dimanche, de 10 à 18 h. Jeudi jusqu’à 21 h. 02/507.82.00. www.bozar.be

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