[EXPO] Alechinsky, génie en herbe

Les rêveries de l'artiste belge exposées jusqu'à l'automne à la Maison d’Erasme à Anderlecht. Surprenant et poétique.

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Pierre Alechinsky a passé les vingt-sept premières années de sa vie à Bruxelles, pourtant il ne connaissait pas la Maison d’Erasme à Anderlecht. Là où vécut, entouré de livres, le grand humaniste néerlandais, auteur de L’éloge de la folie. Lorsqu’il la découvre par l’entremise de Daniel Abadie, commissaire de cette nouvelle exposition et déjà de la rétrospective Alechinsky en 1998 au Jeu de Paume à Paris, l’artiste est séduit par la fraîcheur des coloris d’un herbier flamand du XVIIIe siècle faisant partie des collections. Il se souvient alors avoir travaillé à partir de gravures de l’herbier danois Flora Danica.

 

Devant cette représentation du monde végétal, le titre de l’expo anderlechtoise d’Alechinsky s’impose immédiatement: Ecritures d’herbes, davantage d’ailleurs comme une rêverie qu’en référence à la calligraphie chinoise, même si l’ensemble présenté est créé pinceau à la main.  Au rez-de-chaussée, sur des murs tapissés de cuir de Cordoue vert et entourée de peintures anciennes et de meubles gothiques, voici la série intitulée Longues-vues. Des triades sur l’air, l’eau et le feu, gravées à l’eau-forte, sur un disque de cuivre rouge. “Aussitôt imprimée noir sur blanc, l’image aux trois éléments exigea le quatrième”, expliqua Alechinsky. D’où l’adjonction du rouge de Venise évoquant la terre. Réalisée en 2013, la série  forme comme une longue phrase visuelle, un leitmotiv, évoquant une lunette. A l’étage, sa série Flora Danica développée sur des planches débrochées de la fameuse Flora Danica d’origine réalisée à Copenhague dès le XVIIIe siècle. Collages sans colle, les dessins d’Alechinsky sont évidemment réalisés sur du papier en perdition. "Les premiers tomes furent imprimés sur un vergé pur chiffon, les derniers sur du papier industriel – le progrès!”, ironise-t-il.

 

Ce travail relève donc du recyclage qui ajoute à son inspiration, comme il l’a souvent fait à partir de cartes de géographie, de cahiers d’écoliers. D’une plante et d’une herbe jaillissent ainsi ici une magnifique chevelure de femme, là un portrait d’un peintre ami affublé d’un bonnet lapon. Délicatesse, rêverie, humour. Cette rencontre joyeusement iconoclaste entre l’époque Renaissance et contemporaine se poursuit dans le jardin de la Maison, où à côté de plantes médicinales se déploient les installations contemporaines permanentes de Bob Verschuren, Marie-Jo Lafontaine, Perejaume et Catherine Beaugrand. Il faut aller y écouter un moment le murmure de l’eau avant de replonger dans le bruit de la ville.

 

ECRITURES D'HERBES, jusqu’au 16 novembre. La Maison d’Erasme, Bruxelles. www.erasmushouse.museum

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