Dom Juan: vieille canaille!

L'épicurien créé par Molière était-il un séducteur compulsif ou juste un salaud? Beaucoup des deux, répond la mise en scène de Thierry Debroux.

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Interprété par les plus grands, ce texte qui brasse des réflexions aussi bien sur la durée de la passion amoureuse (suivez mon œil gauche…) que sur le rapport que chacun entretient avec les puissances divines (suivez mon œil droit…) est de ceux que l’on redécouvre à chaque fois. Car il y a matière! Et si répéter que Molière est toujours d’une brûlante actualité est généralement ce qu’on dit… quand on n'a plus rien à dire sur Molière, force est de constater qu’il avait vu juste sur pas mal de sujets, Jean-Baptiste!

Une des difficultés de ce texte est qu’il n’est ni une farce, ni le drame le plus sombre de l’auteur. Et comme le personnage central est profondément ambigu, il n’est pas évident de choisir une couleur pour le monter. Thierry Debroux ne choisit pas. On est sur le fil en permanence. Son Dom Juan nous dégoûte autant qu’il nous amuse.

Mais ce que cette nouvelle production met surtout en évidence est ailleurs. C’est ce qui charpente toute la pièce: le duo entre Dom Juan et son valet Sganarelle. Ces deux-là, c’est Tintin et Haddock, Sherlock et Holmes, Jacquouille et Montmirail, Astérix et Obélix. Le yin et le yang. Inséparables que tout sépare, complémentaires et irréconciliables. Les deux faces d’un même écu. L’homme dans toutes ses contradictions. C’est la force de la pièce et Thierry Debroux ne s’est pas trompé de casting. Bernard Yerlès en Dom Juan héroïque et veule, charmeur et odieux, et Benoît Van Dorslaer en Sganarelle philosophe et lâche forment finalement le vrai couple de la pièce. Et un couple qui fonctionne, aucun ne rattrapant l’autre. Et lorsque le valet crie "Mes gages?" après la disparition tragique de son maître, on comprend qu’il a surtout perdu sa moitié! – E.R.

> DOM JUAN, jusqu’au 14/2. Théâtre du Parc. www.theatreduparc.be

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