Djihad, d’utilité publique

Créée en décembre 2014, cette pièce qui pique là où il faut mais fait rire aussi est rapidement devenue un phénomène, notamment dans les écoles. Et ce n'est pas fini...

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L’histoire commence par une réaction. Ismaël Saidi voit Marine Le Pen déclarer à la télé que son problème n’est pas que des jeunes Français partent en Syrie pour devenir djihadistes. Son problème est qu’ils reviennent en France! Du coup, le jeune réalisateur, scénariste et comédien bruxellois, auteur entre autres du film Moroccan Gigolo’s sorti en 2013, prend la plume et écrit Djihad. Car son problème à lui, c’est qu’il y ait des jeunes qui partent.

On sent que cette anecdote n’est que l’étincelle qui a permis à Saidi de sortir tout ce qu’il avait sur le cœur depuis longtemps. Sur la notion d’intégration. Sur une communauté que l’on stigmatise. Sur le marché du travail qui pratique d’insupportables inégalités. Sur ces gars nés, comme lui, dans un pays qui a du mal à les reconnaître comme citoyens à part entière.Djihad. Le titre de la pièce comme nous l'avions déjà évoqué lors des premières représentations voici un an. Souvenez-vous, dans un premier temps, la STIB a même refusé que l’affiche apparaisse dans les couloirs du métro. Preuve qu’aujourd’hui tout le monde réagit par la peur, les a priori, le rejet. Preuve aussi que Saidi a eu raison de l’écrire, sa pièce. Pour essayer d’éveiller les consciences. Pour dénoncer les dérives d’une désinformation pratiquée par tous les camps. Ceux qui confondent musulmans et terroristes. Mais aussi ceux qui font dire n’importe quoi aux versets du Coran.

Et il y arrive! En trempant sa plume plutôt dans l’humour que dans la colère. Car contrairement à ce que le titre pourrait faire craindre, sa pièce est une comédie, qui nous raconte l’odyssée catastrophique de 3 musulmans qui quittent la Belgique pour la Syrie, 3 bras cassés dont on va découvrir le passé et les blessures cachées, tout au long du voyage. Pour en arriver à la conclusion que s’ils ont été jetés sur les routes d’une guerre sainte à laquelle ils ne comprennent rien, c’est parce qu’ils ont été manipulés de toutes parts. Sur scène, Ismaël Saidi, Reda Chebchoubi et Ben Hamidou insufflent à ce trio une réjouissante humanité. Ces types qui partent de chez eux pour massacrer du mécréant (sans savoir à quoi un mécréant ressemble!) nous touchent parce qu’ils sont comme nous. Pétris de contradictions. Et manipulés par des systèmes.

Rapidement après sa création, Djihad a été reconnu "d’utilité publique" par le ministère de l’Education de la Fédération Wallonie Bruxelles, dans le cadre d’un plan contre le radicalisme à l’école. Un débat est organisé après chaque représentation, qui permet au public de mieux décoder les mécanismes qui font qu’aujourd’hui le regain de tension et le repli communautaire se ressentent jusque dans les cours de récréation. Il y a du pain sur la planche. Cette pièce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Mais savez-vous qu’à la base, le mot Djihad signifie "effort"?

DJIHAD au Théâtre de la Place des Martyrs du 26 au 30/5 à 13h30 et 20h15. Infos : www.theatredesmartyrs.be

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