David LaChapelle vire petites fleurs

À Knokke, nouvelle série d’un photographe qui nous a plus habitués aux poitrines siliconées qu’aux compositions florales et aux compotiers.

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Son style est si reconnaissable qu’il est sujet – chose rare en photographie – à la copie et à la contrefaçon. L’univers de David LaChapelle est si identifiable que le photographe n’hésite plus à convoquer devant les tribunaux ceux qui se permettraient d’en utiliser la charte graphique – couleurs fluo over-saturées, stylisme ludique trash-kitsch, scènes blasphématoires putassières, personnages à la sexualité débordante et au physique hypertrophié. La chanteuse Rihanna en a fait les frais, accusée d’avoir plagié l’œuvre de LaChapelle dans son clip S&M que tout le monde avait cru être signé de l’œil du maître… Ancien collaborateur et héritier en ligne directe d’Andy Warhol, LaChapelle est devenu le portraitiste officiel de l’aristocratie du show-business dont les membres – de Leonardo DiCaprio à Lady Gaga en passant par Madonna, David Bowie et tous les autres – paient cher pour s’admirer dans l’une de ses exubérantes mises en scène. Se voir et s’adorer dans le reflet complètement idéalisé d’une aura poussée à saturation, témoin de notre époque droguée de narcissisme et de perfection plastique.

Faiseur d’images et dealeur de désirs, LaChapelle – bien sûr – vend son art à la publicité (Uma Thurman pour Schweppes dans vos abribus sous la pluie, c’est lui), mais l’exploite de façon originale dans des projets plus personnels, sinon politiques, comme Rize, film remarquable qui montre comment les jeunes des quartiers défavorisés de Los Angeles s’en sortent grâce à la pratique de la danse. C’est un autre travail de David LaChapelle, lui aussi très éloigné de la culture people, que la galerie Maruani & Noirhomme montre en exclusivité et en bord de mer. L’expo reprend les dix photos grand format qui forment la récente série "Earth Laughs In Flowers", variation insolite autour d’un motif dont le photographe américain est peu familier – la nature morte. Ici, plus de stars du hip-hop aux seins surchargés et plus d’idoles hystéro-exhibitionnistes, mais des compositions de fleurs et de fruits qui citent les maîtres du genre et traduisent cette volonté de montrer que même la beauté – surtout la beauté – finit par se faner. Clin d’œil au classicisme pictural que LaChapelle, qui reste LaChapelle, contamine par l’intervention vicieuse d’objets incongrus rappelant qu’il s’agit avant tout d’évoquer les tics et les passions de notre société de consommation – l’argent, la guerre, les médias et les cosmétiques.

Jusqu’au 12/9. Maruani & Noirhomme, Kustlaan 124-126, 8300 Knokke. Tous les jours, de 11h à 18h30. 0473/977.236, www.alain-noirhomme.com

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