C’est notre histoire

S'il n'y a qu'une seule exposition à voir dans le cadre du centenaire de la guerre 14-18, c'est celle qui se tient au Musée de l'Armée. Exemplaire, bouleversante mais aussi pleine d'espoir.

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Tant d’images de la guerre 14-18 ont déjà été vues que l’on ne débarque plus vraiment sans bagage dans une expo centrée sur le premier conflit mondial. Pourtant, celle-ci, initiée par le Musée de l’Armée associé au Musée de l’Europe,  nous interpelle d’emblée par un décor inattendu: celui très Belle Epoque de l’exposition universelle de 1910 à Bruxelles. Tout y évoque le développement d’une Europe triomphante. A  cette occasion, le roi des Belges Albert Ier fait fièrement visiter sa capitale à  son  cousin Guillaume II,  le kaiser d’Allemagne, grand partenaire économique de la Belgique. Une photo grand format évoque cette amicale rencontre. Et on n’en revient pas: comment? On n’avait donc rien vu venir quand à l’été 1914 l’Europe s’embrase à la suite de l’assassinat de l’archiduc François-Joseph, héritier de l’Empire austro-hongrois? Quoi qu’il en soit, dès le 4 août, la Belgique est envahie, du côté de Visé.

 

A partir d’ici, l’ambiance de l’expo change. Autour d’une grande carte de Belgique couvrant le sol, de grands écrans diffusent dans la pénombre des images et des films d’archives. Et sept comptoirs dotés d’écrans tactiles et symbolisant des villes envahies (Dinant, Louvain, Bruxelles, Anvers, Nieuport, Liège, Mons) nous immergent au cœur des exactions. Le front belge se fige bientôt dans les tranchées de l’Yser. Pendant quatre années, les pauvres soldats y luttent contre l’ennemi, la souffrance, l’ennui, le  désespoir, les rats, les puces, le froid. Une tranchée reconstituée nous donne un aperçu de cette horreur.

 

Le reste de l’expo est consacré à un aspect moins souvent évoqué: l’occupation de la quasi-totalité du pays, symbolisée par la reconstitution d’un bureau de la Kommandantur à Bruxelles. Reconstituée également, une prison comme celles où les plus révoltés furent enfermés, puis  parfois passés par les armes. L’occupant réquisitionne aussi les vivres. Affamé, le pays ne sera secouru qu’en 1917 par les Etats-Unis  apportant à la  “Poor Brave Belgium” conserves et sacs de farine, rassemblés ici dans “un magasin américain”. Il est encore question de l’armistice préparé à Spa, du traité de Versailles, du tragique bilan humain de cette guerre. La “der des der”? On sait ce qu’il en a été, l’expo se termine pourtant sur une note d’espoir. A souligner encore, le  poids supplémentaire conféré à cet émouvant parcours par la rareté de certaines pièces  exposées. On songe entre autres aux lettres de soldats à leurs familles, à  l’original de l’ultimatum allemand adressé à la Belgique le 2 août 1914, à l’exemplaire belge du traité de Versailles. Une interactivité bien présente sans être gadgétisée s’adresse aux jeunes en suscitant débats et votes. Inaugurée fin février, l’expo a déjà attiré  plus de 44.000 visiteurs, dont 15 % venus de l’étranger. – Paulette Nandrin

 

> 14-18: C’EST NOTRE HISTOIRE jusqu'au 26/04/2015, Musée royal de l’Armée, parc du Cinquantenaire, 1000 Bruxelles. www.expo14-18.be

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