Caïn: le testament de José Saramago

Vingt ans après L'Evangile selon Jésus-Christ, le prix Nobel de littérature 1988 a renoué avec la polémique lors de la sortie de Caïn, en brocardant publiquement la Bible.

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Décédé en juin dernier, José Saramago a signé son ultime brûlot, entièrement consacré au méchant originel, coupable du premier fratricide de l’humanité. Fils aîné d’Adam et Eve, Caïn ne supporte plus de voir ses efforts dédaignés par Dieu, tandis qu’Abel récolte toutes ses attentions. Aveuglé par la colère et la frustration, il tue son frère et scelle un pacte avec le Tout-Puissant. Bien que protégé de la vindicte populaire, il est condamné à une existence de fugitif, sous l’œil sévère de son créateur. Errant de Sodome à Jéricho, Caïn traversera la Genèse jusqu’à l’inévitable déluge, censé balayer une terre déjà rongée par la corruption.

Vingt ans après L’Evangile selon Jésus-Christ, le prix Nobel de littérature 1988 a renoué avec la polémique lors de la sortie de Caïn, en brocardant publiquement la Bible, ce manuel de mauvaises mœurs dont il déplorait l’influence néfaste et millénaire. Irrésistiblement sarcastique, il piétine les textes sacrés dans son style inimitable et présente Caïn comme la victime d’injustes caprices divins. Avec cette relecture hautement symbolique de la lutte entre l’homme et Dieu, José Saramago nous livre son propre testament, et règle définitivement ses comptes avec la religion. – M.N.

Caïn
José Saramago
Seuil, 169 p.
Notre avis: 3 étoiles

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