Bret Easton Ellis In da pocket

10/18 fait paraître Suite(s) impériale(s), l'occasion de refaire l'actu sur l'intégrale d'Ellis en édition de poche.

210289

Evénement de la rentrée 2010, Suite(s) impériale(s) marque le retour de Clay, personnage initiatique dans la mythologie de Bret Easton Ellis, vingt-cinq ans après les faits. Les faits? L’entrée d’une nouvelle génération sur la scène littéraire américaine incarnée par les garçons et les filles croisés dans Moins que zéro, premier roman d’Ellis. Paru en 1985, le livre remixe la culture californienne hédoniste – vue dans les tableaux bleu piscine de David Hockney – aux premières heures de la révolution MTV. Dans Moins que zéro – qui reparaît en poche en même temps que la parution dans le même format de Suites(s) impériale(s) – on fera la connaissance d’un groupe de morveux aux mains pleines, enfants de riches que la supériorité pousse à s’élever au-dessus de tout. Clay et ses amis inventent de nouveaux codes sociaux où l’être se confond avec le paraître (toujours en vigueur aujourd’hui), ainsi que des comportements sexuels fluides remettant en question la norme de l’hétérosexualité (de plus en plus recherchés par la jeunesse d’aujourd’hui). Le tout sur fond de délectation toxique, Ellis ayant eu le nez fin pour prédire, dès le milieu des années 80, l’avènement des drogues récréatives.

Vingt-cinq ans après la parution de Moins que zéro, livre qui le place au firmament de ce qu’on appellera, par facilité de langage, la littérature yuppie, Bret Easton Ellis imagine une suite en forme de trip paranoïaque. De retour à Los Angeles, Clay, devenu auteur à succès pour le cinéma, revoit ses anciens amis avec qui, au rythme des tubes de Duran Duran et de Depeche Mode, il pensait changer le monde. Dans une atmosphère étrange – c’est Noël et les fêtes auxquelles on assiste ici n’ont rien de traditionnel ou de familial -, le séjour de Clay glisse doucement vers le rêve éveillé, morbide et angoissant. Tout ce que L.A. compte de jolies actrices non encore confirmées rêve de s’agenouiller devant la braguette de Clay afin de décrocher un rôle dans le film qui le ramène sous les palmiers. Pourtant, les plaisirs du moment n’évacuent pas ce sentiment de persécution, l’homme, connecté quasi jour et nuit à son GSM, est persuadé qu’il est traqué et surveillé… Suite(s) impériale(s) ne fait que confirmer ce que l’on sait de Bret Easton Ellis. Qu’il est un grand auteur de romans noirs, participant à la mythologie d’une ville qui est non seulement la capitale du cinéma, mais aussi le rond-point où trafiquent et transitent la beauté et le vice.

Suite(s) impériale(s)
Bret Easton Ellis
10/18, 186 p.

Moins que zéro
Bret Easton Ellis
10/18, 205 p.

Sur le même sujet
Plus d'actualité