Blast : Manu Larcenet au sommet de son art

Deuxième impact d'une saga dessinée de main de maître par un Larcenet hallucinant d'agilité graphique. Bombardant!

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Le souffle de la bombe lancée par Manu Larcenet continue de se propager. Le deuxième tome de Blast ne perd rien de l'intensité qui se dégageait du premier shot, paru en novembre 2009. Le road movie sombre et troublant s'égrène toujours au même rythme, forcément lent, imprimé par un personnage principal aussi fascinant qu'obèse. Polza Mancini poursuit sa garde à vue et le récit des faits qui l'ont mené à l'irréparable agression d'une jeune femme. Le contexte émerge, la véritable silhouette de "grasse carcasse" se dessine et on s'enfonce dans les méandres d'un esprit, dans le fond, pas si tordu. Au cours de son égarement volontaire en marge de la société, la bienveillance de l'été laisse place à la morsure de l'hiver, la fugue enchantée prend des airs de fuite en avant. La survie, d'abord. Puis la quête qui reprend son cours à coup d'alcool et même de drogue, avant de déboucher sur le premier sang versé…

Souffle libératoire d'un côté, irrésistible gravité des destins tragiques de l'autre, cette série coup de poing repose sur une tension subtile. Mouvement tendu constamment alimenté par l'écriture tranchante et le trait évocateur d'un auteur au sommet de son art. Des dialogues dangereusement pertinents qui vous scotchent aux phylactères. Un noir et blanc foisonnant qui ne vire aux tons ocre qu'en de rares occasions et crée une grammaire des couleurs dont les points d'exclamation sont ravageurs. Une fois encore, le constat s'impose: Manu Larcenet maîtrise totalement sa démarche et réussit à fusionner le fond et la forme dans une même gifle narrative. On attend, déjà, les trois prochains tomes…
h Manu Roy

Blast – L'Apocalypse selon saint Jacky. Tome 2
Manu Larcenet
Dargaud, 204 p.

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