BD: Castro

Après avoir publié un roman graphique sublime sur la vie de Johnny Cash, Reinhard Kleist, dessinateur allemand, s'attaque à Fidel Castro.

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Mais nulle trace ici d'une biographie didactique et emmerdante. Le Castro de Kleist est un récit d'aventures au cœur de la révolution et de la société cubaines. L'astuce? Raconter Castro à travers le regard d'un journaliste européen qui, quelques mois avant la révolution de 1958, s'envole vers Cuba pour rencontrer le Commandante et "mettre en lumière une révolution dont on ne parlait pas encore assez en Europe".

À sa descente d'avion, il se répète le mantra de tout bon journaliste: "Un reporter doit rester neutre, ne doit jamais juger et rester impartial". Mais aussitôt arrivé dans la jungle cubaine, il tombe amoureux d'une jeune rebelle et se pâme devant Fidel.

Témoin privilégié de la révolution, il se fait raconter l'enfance de l'homme, ses premières interventions armées, son exil au Mexique et la rencontre avec le Che. Parmi les rebelles, il fait l'expérience des premières heures de la révolution, les combats, le départ de Batista, la prise de pouvoir de Castro, la baie des Cochons, la crise des missiles cubains.

Kleist est fasciné par Castro. Ce qui ne l'empêche pas d'appuyer sur la face obscure de l'homme: l'exécution systématique des traîtres, la guerre contre les contre-révolutionnaires, le délicat glissement vers le socialisme, la censure.

Dans un noir et blanc élégant, fouillant la jungle et les visages, Kleist fait le portrait d'un homme maladivement acharné. Qui garda en tête toute sa vie cette phrase de Simon Bolivar: "Celui qui se consacre à la révolution laboure la mer".

Castro
Reinhard Kleist
Casterman, 282 p.

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