Bastogne se souvient

Libérée de l’envahisseur allemand le 26 décembre 44, Bastogne reste le symbole le plus fort de la Bataille des Ardennes. Et si à l’occasion des commémorations de son 70e anniversaire, on allait y réfléchir à la paix?

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En arrivant dans le cœur historique de Bastogne, un tank américain nous met immédiatement au parfum. Immobilisé dans les campagnes de Renuamont lors de la Bataille des Ardennes déclenchée le 16 décembre 44 par le général allemand von Rundstedt, ce char Sherman est devenu le symbole de la victoire des Américains et de la liberté retrouvée. Il trône sur la place McAuliffe, du nom du général américain qui répondit "nuts" ("allez vous faire voir!") aux Allemands demandant la reddition de Bastogne encerclée. Un monument est d’ailleurs dédié à ce valeureux défenseur de la ville auquel les Bastognards sont très attachés. Tout comme ils le sont au général américain Patton dont, au lendemain de la Noël 44, la 3e Armée pénétra à Bastogne enfin libérée. Lui aussi a droit à "son" monument dans la ville.

On l’aura compris, si la Bataille des Ardennes s’est déroulée dans de nombreux villages ardennais – Noville, La Roche-en-Ardenne, Houffalize, Saint-Vith, Vielsalm, Malmedy -, Bastogne est restée, surtout aux yeux des Américains toujours nombreux à venir se recueillir sur les lieux où sont tombés les leurs, le symbole "de la plus grande bataille jamais menée par l’armée des Etats-Unis" à croire  un historien de l’armée américaine, le symbole aussi de la dernière bataille de la Seconde Guerre mondiale sur le front de l’Europe de l’Ouest. Un dernier affrontement particulièrement meutrier: plus de 35.000 tués dans les deux camps, près de 80.000 blessés. Sans compter les 3.000 pertes civiles.

Lors de cet atroce hiver 44, quasiment chaque famille ardennaise a vécu la faim, le froid, la perte d’un parent. Ici, on ne veut pas les oublier, ni eux, ni ces jeunes gars venus de si loin pour contrer l’ultime sursaut du IIIe Reich. Bien au-delà des retombées commerciales générées et qu’il serait hypocrite de nier, nombreux sont les musées, les plaques commémoratives, les hommages en tout genre participant en Ardenne à un vrai travail de mémoire, fidèlement, année après année. En cet hiver 2014, pour le 70e anniversaire de la Battle of the Bulge (la Bataille du Saillant) comme l’appellent les Américains, le programme est particulièrement consistant (voir encadré).

Incontournable, le Bastogne War Museum

On ne saurait pourtant assez vous conseiller d’entamer ces commémorations par la visite du tout nouveau Bastogne War Museum. Inauguré en mars dernier, ce lieu de mémoire à l’architecture audacieuse propose un parcours muséal moderne, interactif, riche d’objets souvent exceptionnels et de nombreux témoignages, avec un constant souci de rigueur historique.

Dès l’entrée, quatre personnages, photos grand format, sont présentés au visiteur: Robert Keane, un caporal américain de la 101e Airborne, Hans Wegmüller, un lieutenant allemand de la 26e Volksgrenardier Division,Mathilde Devillers, une jeune institutrice bastognarde et Emile Mostade, un enfant de 13 ans, fils d’un marchand de vélos. Tout au long du parcours, leurs interventions vont nous interpeller, via l’audioguide mis à notre disposition. Par la force des choses, chacun d’eux perçoit différemment un événement identique, nous obligeant, nous, à revisiter nos a priori.

Immersion, analyse et émotions

Panneaux (trilingues) et vitrines (70!) se succèdent, analysant les causes du conflit, ses enjeux, les événements eux-mêmes, l’invasion et l’occupation de la Belgique, la Bataille des Ardennes, la vie des civils, la vie au front, la victoire, la sortie de guerre, la reconstruction. Les témoignages de nos quatre (audio)guides, augmentés de ceux directement recueillis en vidéos par des ados d’aujourd’hui, viennent régulièrement humaniser le propos, souvent jusqu’à l’émotion.

Points d’orgue de cette immersion dans l’histoire, trois scénovisions multisensorielles 3D, la plus spectaculaire amenant le visiteur dans une forêt de la région.  Le sol est jonché de trous. Des soldats s’y terrent. Dans un sous-bois plongé dans le brouillard, la bataille se déroule. Dans le ciel, des avions passent, des parachutistes sont lâchés. Impressionnant. Une autre scénovision nous conduit dans un estaminet bastognard se transformant soudain en cave où se cachent les civils lors d’un bombardement. Saisissant. Comme l’est aussi, dans la sobriété, à la sortie, ce bel alignement de tombes claires. Depuis son ouverture, il y a quelques mois, ce War Museum – une réussite! – a accueilli près de 140.000 visiteurs, le double de ce qui avait été attendu.

 

> BASTOGNE WAR MUSEUM, de 10 à 18 h, fermé le lundi sauf ce mois de décembre, à l’occasion des commémorations du 70e anniversaire de la bataille. Colline du Mardasson 5, 6600 Bastogne. 061/21.02.20. www.bastognewarmuseum.be

 

 

Demandez le programme

Une expo – From Texas To Bastogne

Elle retrace l’histoire vraie de cinq Texas Aggies (nom donné aux étudiants et diplomés de l’Université Texas A&M) ayant pris part à la Bataille des Ardennes. Leur passage à l’université, leurs passions, leur engagement dans le conflit, le destin de ceux qui ont survécu. L’occasion d’évoquer les moments-clés (le choc de l’attaque de Pearl Harbor, le débarquement en Normandie, les champs de bataille européens, les Ardennes…). Immersion totale, interactivité et objets inédits en Belgique. Une expo du Bastogne War Museum, organisée en extérieur.

> JUSQU’EN 2016 (date à déterminer). Espace Quartier Latin, place Saint-Pierre 24, 6600 Bastogne.

Un spectacle son et lumière en l’honneur des Texas Aggies

Un spectacle vivant accompagné d’une projection sur le Mémorial du Mardasson (près du Bastogne War Museum). Une première projection en mai dernier avait séduit 5.000 personnes. L’occasion de découvrir aussi ce Mémorial construit en forme d’étoile à cinq branches, hommage du peuple belge à l’armée américaine et ses alliés. Sur les murs sont gravés les noms de toutes les unités ayant participé à la bataille. Possibilité (hors spectacle!) de monter sur la terrasse-toit avec vue unique sur la ville et la campagne.

> VENDREDI 12, 19h30 et samedi 13, 17h30 et 20h30. Colline du Mardasson. Gratuit.

Un moment fort: Le jet de noix

On l’a dit, le "Nuts" du général McAuliffe lancé aux Allemands reste très apprécié par les Bastognards. D’autant qu’il est tombé à l’époque de la traditionnelle Foire aux noix, évoquant les noix offertes ce jour-là par les jeunes travailleurs à leur promise. Du coup, foklore et cérémonies se sont assimilées dans une même festivité. Elle consiste essentiellement en un jet de noix depuis le balcon de l’hôtel de ville. À ne pas rater. Le roi Philippe et la reine Mathilde y seront cette année.

> SAMEDI 13, 15 h. Balcon de l’hôtel de ville.

 

Mais aussi…

Samedi 13/12: la 37e Marche du Périmètre défensif (8, 12 ou 24 km), inscription au centre sportif dès 7 h. – Cortège patriotique, animations diverses et gratuites, dans la Grand-Rue (piétonne pour l’occasion) et le Quartier Latin. – Atelier relooking: coiffures et maquillages des années 40. – Bal populaire: ambiance années 40.

Dimanche 14/12: défilé de véhicules militaires, Grand-Rue, 15 h. – Et tout le week-end, du 12 au 14 inclus: portes ouvertes au Bastogne Barracks, exposition et défilé de véhicules de la Seconde Guerre mondiale, stand 2e régiment de Chasseurs ardennais, modélisme, etc. Rue de la Roche 40. Gratuit.

> POUR TOUTES CES ACTIVITÉS: 061/24.09.30. www.bastogne.be

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