Bardot aux pieds nus

La biographe de Sagan, Gainsbourg et Saint Laurent nous replonge dans la vie de l'icône et raconte la femme derrière l'époque. À dévorer d'urgence.

214119

"Il y a un mystère Bardot: la plus célèbre des Françaises reste une inconnue". Sans prétendre révéler de réels scoops sur la star, Marie-Dominique Lelièvre, portraitiste à Libération et biographe remarquée, livre une enquête passionnée sur la seule femme européenne capable de rivaliser avec Marilyn Monroe. Un véritable sexe-symbole qui incarne la libération de la femme. Une actrice atypique qui saborde sa carrière au sommet pour se consacrer à la cause animale. Une grande gueule qui tient des propos qui dérangent et dérapent parfois. La polémique Bardot, Marie-Dominique Lelièvre s'en débarrasse dès les premières pages: "Je n'aime pas Bardot, je l'adore. On la salit, on la noircit, on la raille… C'est une reine. On peut la délaisser, on ne peut pas la détrôner". Hagiographique mais passionnante et remarquablement fouillée (entre anecdotes de plateau et coupures de presse de l'époque), la dernière biographie de BB se lit comme un roman. Retour sur les essentiels de la "bardot attitude".

L'enfance fêlée

La petite Brigitte naît en 1934 dans un milieu bourgeois parisien coincé, où on vouvoie papa-maman. "Je ne me suis jamais sentie chez moi chez mes parents", confiait-elle. D'ailleurs, personne ne fait vraiment attention au handicap de la jeune fille: Brigitte ne voit pas du tout de l'œil gauche, elle est amblyope. "Elle n'a jamais oublié qu'elle était un vilain petit canard bigleux meurtri par le regard d'une mère qui ne la regardait pas." Brigitte a évoqué son handicap dans ses mémoires (2000), mais n'en avait jamais parlé avant.

Le pygmalion

Lorsqu'elle rencontre Roger Vadim, Bardot n'a que quatorze ans et son père lui donne encore la fessée. "Intellectuel sexy, spécimen inconnu des puceaux de Passy", Vadim va tout lui apprendre. Quatre ans plus tard, il l'épouse et écrit pour elle Et Dieu créa la femme (1956), qui annonce la Nouvelle Vague. "Vadim filme sa femme. Le corps libre de Bardot. Une liberté jamais vue au cinéma." Bardot ne joue pas, elle est. Pieds nus dans les rues de Saint-Tropez. Le mythe est né.

Saint-Tropez

Brigitte achète sa maison de la Madrague en 1958, à deux pas de la maison de l'écrivain Colette, sur la baie des Canoubiers. Grâce à elle, "Saint-Tropez devient un concept sensationnel, la Jérusalem de la société des loisirs, charriant promesse de sexe, d'optimisme, d'adolescence éternelle, dont l'effigie de Bardot est le golem." C'est la qu'elle se réfugie quand tout va mal. "Sans cesse épiée, jugée, bousculée, violentée", elle tente de se suicider plusieurs fois malgré la gloire. Aujourd'hui, la Madrague reste son refuge absolu.

La scandaleuse

"Jusqu'à Bardot, le sexy est une catégorie de la vulgarité. Elle n'a pas inventé le sex-appeal, elle l'a rendu convenable." Devenue le symbole de la libération de la femme des années soixante, Bardot l'a payé dans sa chair, à une époque où la contraception n'existe pas et l'avortement est un crime d'Etat (jusqu'en 1975). Vilipendée par le Vatican, Bardot a toujours incarné toutes les limites de la société pré-68.

Je t'aime moi non plus

C'est pour elle que Gainsbourg écrit cette chanson érotique entrecoupée de soupirs de plaisir – pas diffusée à l'époque parce que Brigitte essaie de se réconcilier avec son troisième mari. De l'idylle avec Gainsbourg naîtront aussi les cultes Harley-Davidson, Bonnie and Clyde et Comic Strip, avec les fameux clips de BB en cuissardes.

Les hommes

De tous les amants connus de BB (une trentaine), il y a "les préférés" (Vadim, Trintignant, Sami Frey), les maris (quatre!), les grands frères ou les amoureux transis (dont le président Valéry Giscard d'Estaing, "qu'elle faisait marcher"). En amour, Bardot n'avait d'ailleurs qu'un adage: "Mieux vaut se donner quelque temps que se prêter toujours". Ça laisse rêveur.

Adieu le cinéma

Treize ans après Et Dieu créa la femme, après avoir tourné avec Louis Malle (La vérité, 1962), Godard (Le mépris, 1963) ou Michel Deville (L'ours et La poupée, 1970) et refusé quelques bons films américains (L'affaire Thomas Crown avec Steve McQueen et un James Bond avec Sean Connery), BB met fin à sa carrière d'actrice. À 39 ans, la star tire le rideau et se consacre aux animaux. "Le monde du cinéma est cruel. Il vous prend, il vous jette. Si j'avais continué, je ne serais plus là", dira-t-elle plus tard.

BB phoque

En 1977, elle pose sur la banquise pour défendre la cause des jeunes phoques en péril. Face à une cohorte de journalistes moqueurs, elle brave le ridicule et remporte une première victoire écolo. En 1987, devant une salle subjuguée, elle met en vente tout ce qui la rattache au passé (sa robe de mariée avec Vadim, les bagues de ses grands-mères, des jouets d'elle enfant, une petite coiffeuse qu'elle adorait et que l'organisateur de la vente, très ému, lui rachètera finalement) pour la cause animale, soutenue par sa fondation.

La polémique

Mariée à un adhérent du FN, Bardot a été plusieurs fois condamnée pour provocation à la haine raciale dans les années 2000. Pour l'auteur, "Brigitte Bardot est capable de prononcer des paroles condamnables, mais rien dans ses actes n'indique le racisme". Dans le jargon, on appelle ça "botter en touche". Dégoûtée des hommes, Bardot s'est sans doute rabattue sur les animaux.

Vieillir

Aujourd'hui, Brigitte vit à la Madrague, sa propriété de quatre hectares, entourée d'animaux. Elle écoute la radio classique toute la journée et se fiche de vieillir, n'ayant jamais eu recours à la chirurgie esthétique. Elle ne sort presque plus, handicapée des hanches, même si elle est fière que l'on parle encore d'elle. "Bardot n'a pas été mûrie par l'âge mais dévastée. Elle s'impose comme ça, et ça a de la gueule" conclut Marie-Dominique Lelièvre. Chacun aura son avis sur la question.

Brigitte Bardot plein la vue
Marie-Dominique Lelièvre
Flammarion, 341 p.

Sur le même sujet
Plus d'actualité