Axelle Red: Du bois, des racines et de l’intime

La chanteuse se réinvente sur un album discret enregistré dans une église de Woodstock. Bien joué.

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Il suffit de fermer les yeux et d'écouter les premières secondes de "Un cœur comme le mien" pour se rendre compte à quel point Axelle Red s'est métamorphosée. Une guitare électrique marie le phrasé country et le groove soul. La batterie est feutrée, la basse, réconfortante et le timbre de voix, faussement nonchalant mais parfaitement envoûtant. Le ton est donné, le décor est posé. On entend le craquement du parquet usé, les bûches qui crépitent dans le feu. Et malgré l'évocation d'une femme faisant sa valise "pour prendre le premier train" parce qu'elle en a assez d'être battue, on se sent bien ici. Ici, c'est une église de Woodstock reconvertie en studio où Axelle Red a enregistré son nouvel album avec Mark Plati (producteur de Bowie et Bashung), et une poignée d'instrumentistes du terroir dont le guitariste d'oncle Bob (Dylan).

"J'ai pris congé des musiciens de Memphis avec qui je bossais depuis quinze ans et j'ai fait le voyage du Delta du Mississippi au nord des Etats-Unis, résume Axelle. Je recherchais un son plus americana, un peu comme le faisait le groupe The Band dans les années 70. "Un cœur comme le mien" est un disque qui se veut plus roots, sauf qu'ici, les racines sont mélangées. Country, soul, blues…"

Axelle a changé. Axelle a toujours envie de chanter, mais elle a aussi appris à partager. Si elle compose encore les musiques, elle s'ouvre avec bonheur à d'autres plumes. Miossec, Gérard Manset, Stephan Eicher ou encore Florent Marchet, excusez du peu… Que des mecs, que des pointures. "Je leur ai envoyé les maquettes et donné quelques pistes à explorer. Ils y ont mis leur style dans ces chansons, leur griffe, voire parfois leur part de féminité. Je voulais m'écarter de la froideur et du réalisme de "Sisters & Empathy" et raconter des histoires de fiction dans la tradition du storytelling folk."

La démarche s'avère payante. L'osmose est parfaite entre les sonorités crépusculaires du disque, les mots borderline de Miossec (La claque), la douceur lyrique d'Eicher (la ballade meurtrière L'amour, la mer, la mort), les formules de Manset (La liberté c'est quoi)ou le style à fleur de peau de Florent Marchet (Le grand départ). Axelle Red fait preuve d'un engagement permanent sur ses albums. C'est encore le cas ici avec La claque, Le grand départ ou Présidente, trois chansons où les héroïnes anonymes ont l'intelligence de ne jamais tomber dans la hainemalgré les injustices dont elles sont victimes.

Red ne commet pas les erreurs du passé en plombant les atmosphères. Tout est poésie et mélodie. Elle ose aussi mettre la pression sur les guitares qui évoquent The Band et Dylan bien sûr, mais aussi le R.E.M. de "Murmur" ou le Fleetwood Mac de "Rumours". Elle s'offre un slow éthylique avec Miossec (Entre nous), se laisse aller à une danse solitaire dans le – magnifique – clip de La claque et reprend Melocoton de la chanteuse contestataire française Colette Magny. Bref, elle montre qu'être femme en 2011, ce n'est heureusement pas comme Sardou le chante. "Je me sens beaucoup plus sereine aujourd'hui et plus épanouie aussi. J'ai compris que cela ne servait à rien d'essayer de séparer les choses, qu'on pouvait être en même temps une mère, une partenaire, une artiste et une femme engagée." On a retrouvé l'Axelle qu'on aimait.

Le 27/5 au Cirque Royal. (Plus d'infos)

 

[IMAGE1] Un cœur comme le mien
EMI/Virgin

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