Anton Corbijn, la totale

Le portraitiste et réalisateur hollandais fête ses soixante ans. Deux expos et un livre retracent le parcours de celui qui a révolutionné la culture pop.

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Novembre 1979. Anton Corbijn, jeune photographe free-lance hollandais tout juste débarqué à Londres, prend contact avec les musiciens de Joy Division, un nouveau groupe de Manchester qui vient de sortir son premier album. "Comme je ne connaissais pas encore bien Londres, je leur ai donné rendez-vous à la station de métro de Lancaster Gate, juste à côté de l'endroit où je créchais. Ils n'avaient que dix minutes à me consacrer. J'ai pris quelques images du groupe devant un escalier qui descendait vers les quais. Seul le chanteur se retournait pour fixer l'objectif. Il y avait de la pénombre, de la luminosité, du mystère. Tout ça collait parfaitement à leur musique et au titre de leur disque, "Unknow Pleasures"."

La ne plaît pas à la presse musicale parce que trois des quatre membres de Joy Division sont de dos… jusqu'au 17 mai 1980, jour où Ian Curtis, chanteur de Joy Division, se pend dans sa cuisine. "Du coup, ce cliché a pris toute une symbolique que je n'aurais jamais imaginée." Sa carrière était lancée.

Corbijn était alors âgé de vingt-cinq ans. Il en a soixante aujourd'hui. Entre-temps, il a photographié toutes les stars, est devenu pote avec Tom Waits, a tourné des clips pour U2, conçu des scénographies pour les tournées de Depeche Mode avant de réaliser trois longs métrages (Control sur Joy Division, The American avec George Clooney et A Most Wanted Man d'après le best-seller de John Le Carré). A La Haye, deux expositions lui sont consacrées jusqu'au 21 juin. 1-2-3-4 présente au Musée de la Photo une sélection de 300 clichés de rock stars puisés dans les archives personnelles de Corbijn. Le Gemeentmuseum offre, quant à lui, avec Hollands Deep un panorama plus exhaustif du travail de portraitiste de Corbijn également illustré dans un magnifique livre du même nom publié aux éditions Schirmer/Mosel. On peut y admirer les images noir et blanc de Bono, de Bowie ou de Moby, mais aussi des clichés pris sur le vif façon paparazzide Clint Eastwood, Kate Moss, Frank Sinatra (sa série Star Trak)ou encore sa galerie de portraits "clonés" d'habitants de son village natal de Strijen déguisés en rock stars.

Lorsque U2 rencontre Anton Corbijn au début des années 80, Bono ne lui demande qu'une seule chose: "Fais-moi grand, maigre, intelligent et avec un sens de l'humour". Et il est là, tout le talent de Corbijn. Fan de rock, il ne s'est jamais intéressé au look ou aux scènes hystériques des concerts. "J'ai toujours essayé de capturer l'âme des artistes plutôt que leurs fringues ou leur jeu de scène. J'essaie de comprendre ce qu'il y a au fond d'eux et de leur musique. Ce n'est pas la technique qui fait la différence. Tout le monde peut prendre des photos de stars aujourd'hui. C'est plus difficile de capturer leur personnalité."

> HOLLANDS DEEP, Anton Corbijn, Ed. Schirmer/Mosel, 240 p.

> HOLLANDS DEEP, jusqu'au 18/6. Gemeentemuseum, La Haye. www.gemeentemuseum.nl

> 1-2-3-4, jusqu'au 18/6. Fotomuseum, La Haye. www.fotomuseumdenhaag.nl

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