Augmentation historique des salaires : faut-il supprimer l’indexation automatique ?

Si la FGTB souhaite un maintien de l’indexation automatique, la FEB préconise une adaptation de ses modalités.

Indexation des salaires: faut-il la supprimer?
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Plus d’un million de travailleurs ont vu leur salaire augmenter de 11% le 1er janvier 2023, selon des données fournies par l’agence Belga. Une indexation des salaires historiquement élevée qui permet aux travailleurs de faire face à l’inflation mais qui, dans un même temps, met en difficulté les entreprises.

Une enquête de la FEB auprès des différents secteurs économiques montre que le premier semestre 2023 risque de ne pas être de tout repos pour les entreprises. Elles sont nombreuses à devoir renégocier leurs contrats d’énergie et de grands secteurs sont soumis à l’indexation automatique des salaires en janvier.

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Dans ce contexte, tous les secteurs sondés prévoient une baisse de leur rentabilité au cours des six prochains mois, a expliqué l’économiste en chef de la FEB, Edward Roosens, à l’agence Belga. Les entreprises qui n’avaient pas encore répercuté l’inflation sur leurs prix de vente vont être amenées à le faire, poussant encore dans le dos l’inflation et la spirale prix-salaires (les prix en hausse engendrent une augmentation des salaires, ce qui fait augmenter les prix et ainsi de suite, NDLR).

En conséquence, les produits des entreprises belges sont de moins en moins attractifs, notamment sur le marché extérieur, un problème de taille pour une petite économie ouverte comme la nôtre. Alors, faut-il supprimer l’indexation automatique des salaires ?

Non, il faut garder l’indexation des salaires

Selon la FGTB, la pression sur les ménages est beaucoup trop forte pour supprimer l’indexation automatique des salaires.

« La FGTB reconnaît que la crise plonge certaines entreprises dans les difficultés. Ces dernières ont besoin de soutien. Mais le catastrophisme des fédérations patronales sur l’état général des entreprises est totalement surfait. Il apparait notamment qu’en termes de « coût salarial », les entreprises belges sont beaucoup plus subsidiées que celles des pays voisins (Allemagne, France, Pays-Bas). Subsides dont il n’est pas tenu compte dans la comparaison salariale avec ces mêmes pays. Le pouvoir d'achat en Belgique ne s'est pas amélioré depuis la crise financière (2008). Aujourd'hui, la pression sur les ménages est encore plus forte à cause de la crise énergétique. Les salaires réels (après déduction de l'inflation) n'ont que très peu augmenté depuis la crise financière, contrairement à ce qui se passe dans les pays voisins. Heureusement, l'indexation automatique des salaires nous protège partiellement de la perte de pouvoir d'achat. L'indexation automatique est et reste essentielle. De nombreuses entreprises ont constitué des réserves suffisantes pour surmonter cette crise. Il n'y a pas de problème de compétitivité pour le moment. L'augmentation à un niveau historiquement élevé des marges bénéficiaires des entreprises et le nombre de faillites, qui reste très faible, le montrent clairement. L'explosion des subventions salariales reçues par les entreprises belges s'inscrit également dans ce contexte. En attaquant l’indexation automatique, qu'ils ont négociée avec nous dans les secteurs, les employeurs discréditent la concertation sociale. Nous les invitons, au contraire, à lui donner toutes ses chances ».

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Non, mais il faut l’adapter

Pour la FEB, il faut revoir le système d’indexation automatique des salaires.

« L’indexation automatique a son utilité dans des circonstances normales. Mais dans des situations comme aujourd’hui, où nous sommes confrontés à une inflation sans précédent, le système d’indexation automatique a de graves conséquences économiques négatives. C’est pourquoi nous préconisons une adaptation des modalités de l’indexation automatique, comme le recommande le FMI par exemple (en retirer complètement les combustibles fossiles (gaz et mazout)) ou l’écrêtement de l’indexation automatique en cas d’inflation élevée. Les subsides dont parle la FGTB vont principalement aux hôpitaux, au secteur des titres-services et au secteur socioculturel. C’est là que se situe la croissance importante. Le secteur privé bénéficie quant à lui de 3,4 milliards EUR et, de plus, il ne s’agit pas de subventions (au sens classique du terme) mais uniquement de réductions des coûts salariaux (pour les chercheurs scientifiques, le travail de nuit et le travail en équipe) qui sont accordées par la voie fiscale (non-versement du précompte professionnel) et sont donc inscrites dans les comptes nationaux comme des subventions fiscales. Mais dans les faits, il ne s’agit donc que de mesures visant à réduire les coûts salariaux faramineux de nos entreprises. En outre, l’aide énergétique accordée aux citoyens de nos pays voisins est plusieurs fois supérieure à celle du gouvernement belge. En France et en Allemagne notamment, le soutien direct aux entreprises (par des interventions sur les prix du gaz et de l’électricité) est très élevé. Il faut donc d’urgence un pacte de compétitivité audacieux qui réforme le mécanisme d’indexation automatique des salaires afin que celui-ci ne puisse plus nuire aussi gravement à la compétitivité de nos entreprises à l’avenir ».

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