Indexation des salaires à 10%: pour qui, quand, comment et est-ce garanti?

Les prévisions imaginent une indexation de 10%, ce qui pourrait se manifester différemment selon les secteurs... du moins si elle a bien lieu.

Salaire en euros
Illustration d’un salaire en pièces et billet d’euros ©BelgaImage

10%: c’est le pourcentage total que devrait atteindre l’indexation pour de nombreux secteurs économiques en janvier 2023. C’est en tout cas ce qu’affirme un communiqué publié ce mardi par la société de ressources humaines SD Worx. Ce serait un record depuis les années 1970. Toutefois, dans la pratique, cela pourrait être un peu plus compliqué que cela. Petit tour de la question pour savoir ce qu’il en est.

De multiples façons d’indexer

SD Worx prévient: ses prévisions ne constituent pas une certitude. Certes, une indexation de 10% semble probable, surtout au vu des chiffres de l’inflation de ces derniers mois, avec 9,94% en août. A priori, l’hypothèse la plus plausible est que la hausse des prix ne faiblisse pas d’ici janvier, d’où cette supposition dans le communiqué. Cela dit, le contexte économique est si perturbé que la société n’ose pas confirmer sa supposition. Il faudra attendre fin décembre pour avoir le chiffre définitif, avec possiblement un pourcentage plus ou moins élevé que 10% selon les scénarios.

Maintenant, cela ne va pas dire que tous les Belges vont bénéficier de cette indexation. Dans le public, elle est prévue par la loi, pour le plus grand bonheur des fonctionnaires. Dans le privé, cela passe par des conventions collectives de travail (CCT) et des accords sectoriels. Cela concerne généralement le salaire mensuel brut ou horaire, sauf exceptions, et cela ne prend pas en compte pas les autres avantages, indemnités, etc.

Plus en détail, certains secteurs indexent par pourcentage fixe, par exemple de 2%, à des moments divers. Le secteur de la santé bénéficiera probablement ainsi de cinq indexations de 2% en 2022, tout comme les fonctionnaires. Les autres ont une logique inverse: le pourcentage d’indexation n’est pas connu à l’avance mais la date l’est. C’est ainsi qu’en janvier, toute une série de secteurs pourraient bénéficier d’une hausse de salaire. SD Worx cite notamment dans son communiqué celui de l’horeca (CP 302), de l’industrie alimentaire (CP 118 et 220), du transport routier pour compte d’autrui (CP 140.03) et du commerce international, du transport et de la logistique (CP 226). Ailleurs, l’indexation peut être mensuelle ou trimestrielle. Mais au bout du compte, l’indexation devrait être plus ou moins la même dans toutes ces entreprises.

Une indexation, vraiment?

Tout ça, c’est pour la théorie. Dans la pratique, la donne pourrait être plus compliquée. Cela fait de nombreux mois que la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) s’alarme de l’effet de l’indexation pour la compétitivité belge dans ce contexte économique incertain. Si les entreprises voient le coût des salaires augmenter en même temps que celui de l’énergie et des matières premières, certaines pourraient mettre clé sous porte, redoute le patronat. Le mécanisme d’indexation, si particulier à la Belgique, pourrait ainsi créer une spirale prix-salaires.

Début septembre, la FEB a eu des réunions avec le gouvernement afin que des mesures d’urgence soit prises. La mise en place d’un système de chômage technique temporaire est sur le tapis, tout comme la diminution des prix de l’énergie. Mais il est aussi question des salaires, par exemple avec un saut de l’index. "Il faut freiner, ralentir. Nous indexons en temps réel. Chez nos voisins, ils le font un peu plus tard", explique le patron de la FEB Pieter Timmermans, comme le relaye la RTBF. L’Union des Classes Moyennes (UCM) ne dit pas non, mais évoque aussi un étalement de l’indexation dans le temps, ou le fait de ne pas indexer les cotisations sociales.

Depuis, la discussion s’enlise. Pour le vice-Premier ministre Franck Vandenbroucke, il ne faut pas toucher à l’indexation mais se concentrer sur les prix de l’énergie. Les négociations entre patronat et syndicats n’avancent pas. Le risque est grand qu’un blocage de l’indexation ne provoque des grèves par la suite et se révèle au final contreproductif. Un avis commun était attendu pour le 15 septembre au plus tard mais la concertation sociale n’a pas abouti, et la suite ne s’annonce pas plus paisible. En janvier, il faudra négocier l’accord interprofessionnel. Une autre bombe à retardement dont il faudra s’occuper, sans que le ciel ne paraisse plus clément à cet horizon-là.

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